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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 17:37

Avant tout, nous tenons à vous transmettre nos vœux les plus chaleureux pour cette nouvelle année, en souhaitant qu’elle vous apporte courage, enthousiasme et persévérance dans vos engagements, ainsi que joies et satisfactions dans vos relations et vos actions.

Vous êtes toujours aussi nombreuses et nombreux à suivre nos chroniques sur le blog et à nous encourager. Ainsi, depuis le démarrage de notre blog, près de 250 000 visiteuses et visiteurs uniques l’ont consulté et plus d’un demi-million de pages ont été ouvertes !  Par ailleurs, les multiples rencontres que nous avons faites durant l’année 2016 (via des conférences, des débats, des groupes de travail, ou des formations) nous ont montré combien profondes sont l’insatisfaction et l’inquiétude vis-à-vis de l’approche biomédicale réductrice et pathologisante du vieillissement, et combien grandes sont les attentes concernant une approche plus humaniste et solidaire, qui reconnaît dans chaque personne âgée une vitalité, une identité et une place dans la communauté.

En vue de ce changement, un grand débat citoyen s’impose, impliquant au premier chef les personnes âgées, y compris celles qui présentent un vieillissement cérébral et cognitif problématique (une « démence »). Il s’agit, en effet, de réfléchir collectivement aux moyens et actions à mettre en œuvre pour valoriser et renforcer le potentiel des aîné-e-s, pour prendre en compte leur point de vue et leurs souhaits, pour leur donner plus de responsabilités dans les décisions, pour faciliter leur participation citoyenne, pour briser leur isolement et pour favoriser leur qualité de vie et leur bien-être tant physique que psychologique et social. Ce travail de réflexion devrait être mené au sein des collectivités locales (en lien direct avec les services communaux, les services d’aide aux personnes, les associations, les structures d’hébergement à long terme, les médecins de famille, etc.), mais aussi au niveau de structures publiques et privées plus générales.

aile d'un avion dans les airsDans ce contexte, et alors que bon nombre de personnes ont pris l’avion pour passer les fêtes de fin d’année au sein de leur famille ou dans un lieu exotique, on peut citer la démarche exemplaire de l’aéroport Heathrow à Londres. Cet aéroport s’est en effet engagé en août 2016 à devenir le premier aéroport « ami des personnes présentant une démence » (voir le lien   http://mediacentre.heathrow.com/pressrelease/details/81/Corporate-operational-24/7146). Cette démarche s’est inscrite dans le contexte plus général du « Prime Minister’s 2020 Challenge on Dementia » incitant, entre autres, les structures publiques et privées à prendre des engagements (sous forme de chartes et de programmes de formation des employé-e-s) visant à devenir « amies de la démence » (voir le lien www.gov.uk/government/publications/prime-ministers-challenge-on-dementia-2020/prime-ministers-challenge-on-dementia-2020 ). Ainsi, il est prévu que l’ensemble des employé-e-s de l’aéroport London Heathrow (76 000 personnes) reçoivent une formation spécifique leur permettant d’apporter une meilleure aide aux voyageur-euses-s présentant une « démence ». En outre, 1000 membres du personnel seront déployés « en première ligne » en tant qu’ « ami-e-s des personnes avec une démence ». Des espaces d’accueil dédiés, permettant d’attendre dans le calme, seront également installés dans les terminaux.

Donner la possibilité aux personnes présentant une « démence » de prendre l’avion dans les meilleures conditions constitue un moyen de conserver leur intégration sociale et leur ouverture au monde. Il faut cependant relever que bon nombre de personnes âgées (qu'elles présentent ou non une « démence ») sont dans une situation de précarité socio-économique qui les empêchent, non seulement de s’envoler vers d’autres lieux, mais déjà d’avoir tout simplement accès à des ressources de base (sociales, culturelles, médicales, psychologiques, etc.) là où elles vivent (Canavelli, Blasimme, & Cesari, 2017).

Plus généralement, rappelons que la question du regard social qui est posé sur la « démence » - et celle des pratiques sociales qui en découlent sous l’influence du modèle biomédical dominant­ - renvoient en fait à la question plus générale de la place accordée aux citoyens vulnérables dans notre société. Comme le dit Zeilig (2013), la démence peut être considérée comme une image de notre société (une métaphore culturelle), « révélant ce que nous sommes réellement ». Elle nous conduit ainsi à considérer les similitudes entre la manière dont nous vivons (dans un monde de plus en plus insensé) et la façon dont la personne ayant reçu un diagnostic d'affection « démentielle » ­– mais aussi toute autre personne vulnérable (jeune ou âgée) – tente de s’intégrer dans ce monde : un monde qui valorise l'individualisme, l’efficacité, l'acquisition incessante d'habiletés cognitives, l'argent et la consommation, au détriment de la compassion, de la solidarité, de l’engagement social et de la « mémoire de notre humanité partagée ». La démence constitue donc un prisme au travers duquel nous pouvons voir plus clairement l’état général de notre société et la nécessité de la faire évoluer. Ainsi, défendre une autre manière de penser le vieillissement, c’est aussi s’engager clairement pour un autre type de société, dans laquelle la vulnérabilité et la différence ont toute leur place !

 

dessin jeune et dame âgée

Dessin d'un participant au Prix Chronos à Lancy en 2013. Copyright Association VIVA

 

Canevelli, M., Blasimme, A., & Cesari, N. (2017). Societal and global implications of the « dementia epidemic » : the example of the London Heathrow airport. European Journal of Epidemiology, sous presse.

Zeilig, H. (2013). Dementia as a cultural metaphor. The Gerontologist, 54, 258-67.

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden
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