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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 23:43

 

Les benzodiazépines sont communément utilisées pour le traitement de l’anxiété et des troubles du sommeil. En outre, elles constituent les médicaments psychotropes les plus fréquemment administrés aux personnes âgées, avec souvent même une  utilisation à long terme. Les effets négatifs des benzodiazépines sur la mémoire sont bien documentés. Par contre, relativement peu d’études ont examiné, sur d’importants échantillons, si l’utilisation à long terme de benzodiazépines provoquait un déclin cognitif permanent ou était associée à un risque accru de vieillissement cérébral problématique (de « démence »).

Dans une étude menée à Taiwan, Wu et al. (2009) ont suivi pendant un minimum de 4 ans une cohorte de personnes âgées de 45 ans et plus. Le suivi se terminait à la fin de la période d’observation, ou quand les personnes quittaient l’étude, ou encore quand elles développaient une « démence ». Les personnes (n= 779 personnes ; âge moyen : 75.6 ans) qui ont, durant le suivi, développé une «  démence » ont été individuellement appariées à 6 personnes du même âge et genre qui n’avaient, elles, pas présenté de « démence ».

Les résultats montrent qu’une dose cumulée plus importante et une durée plus longue d’utilisation de benzodiazépines sont associées à un risque plus élevé de « démence ». En outre, les personnes « démentes » sont plus fréquemment des utilisatrices à long terme de benzodiazépines (utilisation pendant plus de 180 jours durant une période d’une année). Ces résultats se maintiennent après avoir contrôlé l’influence de possibles facteurs de co-morbidité (notamment cardiovasculaire et psychiatriques).

La mise en évidence d’une association n’implique évidemment pas l’existence d’un lien de causalité. Par ailleurs, les mécanismes biologiques qui relieraient benzodiazépines et vieillissement cérébral problématique ne sont pas clairs. Les auteurs reconnaissent en outre certaines limites à leur travail, et notamment  la non prise en compte d’autres facteurs confondants (comme le niveau d’éducation, l’indice de masse corporelle ou le tabagisme), le possible manque de sensibilité du diagnostic de « démence » et le fait que la prescription de benzodiazépines pourrait être la conséquence plutôt que la cause des symptômes débutants de la « démence » (même si la durée moyenne entre la prescription initiale des benzodiazépines et le diagnostic de « démence » était de 4.6 ans). De plus, les troubles du sommeil et les troubles émotionnels peuvent interagir de façon complexe avec les problèmes vasculaires, et cela pourrait rendre compte, dans une certaine mesure, de l’association entre benzodiazépines et « démence » (même si l’influence possible de certains facteurs vasculaires et psychiatriques a été contrôlée).    

Plus récemment, Wu et al. (2010) ont examiné dans quelle mesure l’arrêt dans l’utilisation de benzodiazépines diminue le risque de « démence ». Utilisant une méthodologie globalement analogue à celle de l’étude précédente, ils ont montré que le risque de « démence » diminuait chez des anciens utilisateurs de benzodiazépines à mesure que la durée de l’interruption augmentait. De façon plus spécifique, ils ont également observé que les utilisateurs légers de benzodiazépines (en termes de doses cumulées quotidiennes) qui avaient arrêté l’utilisation pendant plus d’un an n’étaient plus à risque de « démence ». Par contre, le risque de démence demeurait élevé chez les gros utilisateurs, même après 3 ans d’arrêt, bien que le nombre de personnes avec utilisation élevée et longue période d’arrêt soit trop réduit pour pouvoir tirer des conclusions fermes. En dépit de plusieurs limites, dont certaines partagée avec l’étude précédente et d’autres plus spécifiques (comme l’absence de contrôle de l’adhérence au traitement et du caractère continu ou intermittent de l’utilisation durant la période de traitement), ces données sont encourageantes en ce qu’elles montrent que l’arrêt de l’utilisation de benzodiazépines peut réduire le risque de vieillissement cérébral problématique.   

Même s’il subsiste de nombreuses questions à explorer concernant les relations entre benzodiazépines et risque de vieillissement cérébral problématique, les données existantes suggèrent dès à présent de limiter la prévalence d’utilisation à long terme de ces substances, notamment chez les personnes âgées. Il existe d’ailleurs des interventions non pharmacologiques (psychologiques) qui ont montré leur efficacité dans les troubles du sommeil et les troubles anxieux, De plus, certaines interventions psychologiques peuvent faciliter l’arrêt d’un traitement par benzodiazépines chez les personnes âgées (Morin et al., 2004).

benzos

Morin, Ch. M., Bastien, C., Guay, B., Radouco-Thomas, M., Leblanc, J., & Vallières, A. (2004). Randomized clinical trial of supervised tapering and cognitive behavior therapy to facilitate benzodiazepine discontinuation in older adults with chronic insomnia. The American Journal of Psychiatry, 161, 332-342.

Wu, C.-S., Ting, T.-T., Wang, S.-C., Chang, I.-S., & Lin, K.-M. (2009). The association between dementia and long-term use of benzodiazepine in the elderly: Nested case-control study using claims data. American Journal of Geriatric Psychiatry, 17, 614-620.

Wu, C.-S., Ting, T.-T., Wang, S.-C., Chang, I.-S., & Lin, K.-M. (2010). Effect of benzodiazepine discontinuation on dementia risk. American Journal of Geriatric Psychiatry, à paraître.

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Prévention
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