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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 20:35

De plus en plus de voix se rejoignent pour considérer que le vieillissement cérébral problématique (étiqueté sous le terme impropre de « démence ») dépend de très nombreux facteurs liés à l’âge, mais aussi pour remettre en question l’existence de « maladies neurodégénératives spécifiques » comme la maladie d’Alzheimer. Même l’Association Alzheimer états-unienne le reconnaît dans un rapport daté de 2010, « Alzheimer’s disease. Facts and Figures. » (information reprise du blog de Peter Whitehouse et Daniel George). En effet, dans ce rapport, on trouve le passage suivant : « Bien que la maladie d’Alzheimer soit la forme la plus courante de démence, des données émergent pour suggérer que l’attribution de la démence à des types spécifiques n’est peut-être pas aussi claire qu’on ne le croyait (Viswanathan, Rocca, & Tzourio, 2009) ». Cette section du rapport discute ainsi du fait qu’un grand nombre de personnes âgées présentant une « démence » montrent une combinaison de plaques séniles et de dégénérescences neurofibrillaires, de lésions vasculaires, de caractéristiques classiquement associées à la maladie de Parkinson et à la démence à corps de Lewy, ainsi que d’autres pathologies liées à l’âge (l’étude de Schneider et al., 2007, y est mentionnée, mais d’autres études ayant obtenu les même résultats peuvent être trouvées dans l’article récente de Fohuji, Hachinski & Whitehouse, 2009). Le rapport de l’Association Alzheimer poursuit en ces termes : «  Il y a des raisons de croire que les causes de la démence peuvent être bien plus complexes que ce qu’on croyait initialement ». Enfin, comme on peut le lire dans « Le mythe de la maladie d’Alzheimer »,  il existe de nombreuses incertitudes et controverses quant au rôle précis des différentes caractéristiques observées dans le cerveau des personnes présentant des troubles cognitifs (une « démence) et, notamment, quant au rôle des plaques séniles (et de la protéine bêta-amyloïde) et des dégénérescences neurofibrillaires (et de la protéine tau).

 

Et pourtant une page quasi entière du journal romand "Le Temps" du 20 avril est consacrée à l’entreprise zurichoise de biotechnologie Neurimmune sous le titre triomphant de « Neurimmune développe une nouvelle approche pour le traitement d’Alzheimer ». La légende de la photo du directeur et d’un des fondateurs indique :

 

« Dans l’idéal, un médicament arrivera sur le marché en 2017 ». Cette entreprise se donne pour objectif, via des prélèvements sanguins réalisés auprès de milliers de personnes très âgées et en très bonne santé, « de comprendre le bagage génétique dont elles disposent dans leur système immunitaire qui leur permet de ne pas tomber malade. Notre travail consiste à rechercher les anticorps capables de combattre des maladies spécifiques, tels Alzheimer et Parkinson […]. Une fois trouvé, nous copions exactement le matériel génétique de l’anticorps et testons son efficacité. Le meilleur anticorps est celui qui parvient à attaquer les plaques qui se forment entre les neurones et qui caractérisent Alzheimer […] ».

 

Un autre axe de recherche, pour lequel seront utilisés les 100.000 francs attribués par la banque Cantonale de Zurich pour récompenser l’innovation réalisée par cette entreprise, sera de développer un traitement contre l’apparition des protéines tau. L’enjeu économique de la maladie d’Alzheimer et de la maladie de Parkinson est clairement mis en avant dans l’article du Temps, qui indique notamment que la maladie d’Alzheimer constitue un marché de 6 milliards de dollars et qu’il pèsera 15 milliards en 2025.

 

En dépit des évolutions récentes qui suggèrent une autre approche du vieillissement cérébral et malgré l’absence de retombées significatives de l’approche biomédicale réductrice en termes de traitement, on voit comment les entreprises biotechnologiques poursuivent une démarche complètement réductionniste et catégorielle (qui postule l’existence de « maladies neurodégéneratives spécifiques »), probablement parce qu’elles sont « aveuglées » par l’ampleur du marché qu’elles pourraient accaparer. De façon plus spécifique, on peut s’interroger sur leur capacité d’examiner un très grand nombre de personnes très âgées et en très bonne santé, quand on sait que la probabilité d’atteindre le grand âge (85/90 ans et plus) sans handicap et sans « démence » est très faible, ce qui fait dire à Kuller et Lopez (2010) que ce qui est « anormal » est d’être sans incapacité et sans « démence » à cet âge.


Les entreprises biotechnologiques n’ont cependant pas le monopole de la pensée réductrice et catégorielle concernant le vieillissement cérébral. Toujours dans le journal Le Temps (édition du 13 avril 2010), le Professeur Richard Frackowiak, chef du service de Neurologie du Centre Hospitalier Universitaire Vaudois, met un grand espoir dans les technique d’imagerie dont il dispose, capables d’acquérir des images en trois dimensions, qui évoluent dans le temps et sur lesquelles on peut mesurer le métabolisme ou décrire l’anatomie locale. Plus spécifiquement, il indique que «nous voulons grâce à ces images médicales et à de nouvelles techniques d’analyse, détecter les premiers signes de la maladie d’Alzheimer avant même qu’elle ne se déclare ». Et il ajoute qu’un diagnostic plus précoce permettrait d’en retarder l’apparition de signes et symptômes.

 

On se demande bien par quels moyens… !

 

Par ailleurs, on est évidemment loin d’une approche qui aborde le vieillissement cérébral dans toute sa complexité et dans la perspective d’une évolution en continuum, aux caractéristiques extrêmement variables et sous l’influence d’une multitude de facteurs, pas uniquement biologiques.

 

Le mythe de la maladie d’Alzheimer est décidément bien vivant et l’empire qui le propage toujours très actif…

letemps neurimmune

 

Kuller, L.H., & Lopez, O.L. (2010). Commentary on « Developing a national strategy to prevent dementia : Leon Thal Symposium 2009. » Is dementia among older individuals 75+ a unique disease? Alzheimer’s & Dementia, 6, 142-144.

 

Schneider, J.A., Arvanitakis, Z., Bang, W., & Bennett, D.A. (2007). Mixed brain pathologies account for most dementia cases in community-dwelling older persons. Neurology, 69, 2197-2204.

 

Viswanathan, A., Rocca, W.A, & Tzourio, C. (2009). Vascular risk factors and dementia : How to move forward ? Neurology, 72, 268-274.

 

Fotuhi, M., Hachinski, V., & Whitehouse, P.J. (2009). Changing perspectives regarding late-life dementia. Nature Reviews. Neurology, 5, 649-658.

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