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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 06:07

De nombreuses études ont suggéré que la survenue d’un vieillissement cérébral/cognitif problématique (d’une « démence ») était largement déterminée par des interactions complexes entre de multiples facteurs sociodémographiques et en lien avec les comportements de santé, le style de vie et l’environnement.

 

Par ailleurs, les essais pharmacologiques visant à réduire ou ralentir les manifestations de la « démence » subissent des échecs répétés, suggérant l’inadéquation globale de l’approche biomédicale réductionniste (voir, par ex., l’annonce dans le New York Times du 17 août de l’abandon par Eli Lilly & Company du développement du Semagacestat, censé réduire la production de plaques amyloïdes: il s’est en effet avéré que cette substance, plutôt que de ralentir la progression de la prétendue « maladie d’Alzheimer », était associée à une péjoration de la cognition et de la capacité à réaliser les tâches de la vie quotidienne ; http://prescriptions.blogs.nytimes.com/2010/08/17/lilly-halts-alzheimers-drug-trial/?hp).

 

Il apparaît ainsi de plus en plus pertinent de mettre en place des programmes de prévention, à l’échelle d’une population, dans le but de réduire et/ou de différer les expressions problématiques du vieillissement cérébral/cognitif. Il s’agit cependant d’identifier les facteurs de risque à cibler en priorité. C’est à cette question qu’une étude menée par Ritchie et al. (2010) a récemment apporté des éléments de réponse.

 

Ritchie et al. (2010) ont entrepris une étude prospective auprès de 1’433 personnes âgées de plus de 65 ans (âge moyen de 72.5 ans), issues de la population générale de Montpellier, afin d’identifier des facteurs de risque qui pourraient devenir des candidats pour des programmes de prévention. Un autre objectif de cette recherche était d’examiner l’impact de chacun de ces facteurs de risque sur l’incidence d’une « démence », tout en prenant en compte les autres facteurs.

 

Les facteurs de risque examinés appartenaient à trois catégories principales : les facteurs sociodémographiques, les facteurs cliniques et les facteurs environnementaux et en lien avec le style de vie. Pour ce qui est des facteurs sociodémographiques, ont été pris en compte l’âge, le genre, le nombre d’années d’études et l’intelligence cristallisée ou les connaissances/habiletés acquises tout au long de sa vie (évaluées par la version francophone du « National Adult Reading Test »). Concernant les facteurs cliniques, ont été examinés les éléments suivants : allèle E4 du gène de l’ApoE, traumatisme crânien, facteurs de risque vasculaires (maladie cardiaque, accident vasculaire, hypertension, hypercholestérolémie, diabète, obésité), syndrome métabolique, pulsations, anesthésies (endéans les deux ans), prise de médicaments anti-cholinergiques, dépression, asthme, infections herpétiques répétées. Enfin, les facteurs environnementaux et de style de vie suivants ont été envisagés : solitude (vivre seul/e), consommation de fruits et légumes, consommation de poisson, tabagisme actuel et consommation d’alcool/eau.

 

Les 1’433 personnes recrutées ont été examinées lors d’une évaluation initiale (elles ne présentaient alors ni  « démence », ni « trouble cognitif léger »), puis suivies après 2, 4 et 7 ans, via un entretien standardisé et un bilan cognitif, afin d’identifier la survenue éventuelle d’une « démence » ou d’un « trouble cognitif léger » : un total de 405 personnes ont développé soit une « démence » (31), soit un « trouble cognitif léger » (374). L’influence des facteurs de risque sur l’incidence d’un déclin cognitif a été explorée en considérant l’ensemble des personnes ayant développé une « démence » ou « un trouble cognitif léger ».

 

En ce qui concerne les résultats, le modèle final établi suite aux analyses statistiques a permis de retenir comme facteurs de risque ayant un impact significatif sur l’incidence d’un déclin cognitif :  l’allèle E4 du gène de l’ApoE, l’intelligence cristallisée, la dépression, la consommation de fruits et de légumes et le diabète. 

 

Par ailleurs, l’élimination du facteur « allèle E4 dans le gène de l’ApoE », tout en continuant à prendre en compte les 4 autres facteurs, n’amènerait qu’à une réduction de 7.1% dans l’incidence de déclin cognitif. Par contre, l’élimination du facteur « intelligence cristallisée » conduirait à la réduction la plus importante, à savoir 18.1%. Il est à noter que l’intelligence cristallisée a un impact plus important que le nombre d’années d’études, lequel n’a pas été retenu dans le modèle : comme l’indiquent les auteurs, ce résultat est probablement lié au fait que les personnes examinées ont dû interrompre leur scolarité du fait de conflits armés (Seconde Guerre mondiale, guerre d’Algérie, guerre d’Espagne). L’élimination de la dépression, du diabète et l'augmentation de la consommation de fruits/légumes amèneraient  à une réduction globale de 20.7% (la dépression amenant à elle seule à une réduction de 10.3%).

 

Ces résultats suggèrent clairement des pistes pour la mise en place de programmes de prévention, à l’échelle d’une population, visant à diminuer ou différer les manifestations problématiques du vieillissement cérébral/cognitif, lesquels se focaliseraient plus particulièrement sur le traitement de la dépression, l’évaluation de la résistance à l’insuline et la tolérance au glucose, mais aussi (sachant que cela nécessiterait une modification difficile du style de vie) sur des changements dans l’alimentation.

 

Les données montrant l’influence substantielle de l’intelligence cristallisée indiquent également l’importance qu’il y a à investir dans l’éducation (voir également notre chronique précédente « L’influence bénéfique du nombre d’années d’études sur le risque de vieillissement cérébral/cognitif problématique [de « démence »].)

 

Les auteurs signalent que le suivi des personnes, plus court que dans d’autres études, a peut-être conduit à sous-estimer l’influence de l’hypertension. Par ailleurs, ayant examiné une cohorte de plus de 65 ans, ils ne leur était pas possible d’estimer la durée nécessaire d’exposition à des facteurs de risque pour qu’apparaisse un déclin cognitif ou de déterminer l’âge auquel une intervention ou un programme de prévention serait le plus efficace. Plus généralement, les auteurs reconnaissent que des relations causales entre les facteurs de risque et l’incidence d’un déclin cognitif ne peuvent évidemment pas être fermement établies,

 

Il faut ajouter que le fait d’avoir regroupé les personnes ayant présenté une « démence » et celles ayant manifesté un « trouble cognitif léger » (« Mild Cognitive Impairment ; MCI ») n’est pas sans problème, compte tenu de la multitude de facteurs qui peuvent conduire à une performance cognitive faible (voir notre chronique « Pour en finir avec le diagnostic catégoriel de MCI »).

 

Enfin, différents facteurs pouvant avoir un impact important dans la survenue d’un vieillissement cérébral/cognitif plus ou moins problématique et pouvant aussi faire l’objet d’interventions, voire, pour certains, de programmes de prévention, n’ont pas été abordés dans cette étude, en particulier le stress, l’engagement dans des activités cognitives stimulantes, l’activité physique ou encore le réseau social.

 

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Ritchie, K., Carrière, I., Ritchie, C.W., Berr, C., Artero, S., & Ancelin, M.-L. (2010). Designing prevention programmes to reduce incidence of dementia : prospective cohort study of modifiable risk factors. British Medical Journal, doi:10.1136/bmj.c3885

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Prévention
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