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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 11:28

La prévalence du diabète de type 2 ne cesse de progresser de par le monde, y compris dans les pays en voie de développement. Le diabète de type 2 est considéré comme associé à un éventail de facteurs ou processus étiologiques non spécifiques, avec l’âge, l’obésité et le manque d’activité physique comme des facteurs de risque importants.  Par ailleurs, il a été montré que le diabète de type 2 était lié à un risque accru de déficits cognitifs (Awad et al., 2004) et de « démence » (Arvanitakis et al., 2004 ; Xu et al., 2004).

 

Les mécanismes par lesquels le diabète peut exacerber les difficultés cognitives des personnes âgées ne sont pas encore clairement identifiés. Le problème est complexe, dans la mesure où ces difficultés cognitives peuvent dépendre de multiples facteurs, à la fois des facteurs de comorbidité proximaux (des facteurs biologiques directement en lien avec le diabète comme, par ex., la résistance à l’insuline) et des facteurs distaux (affectifs, liés au style de vie, etc.).

 

Dans ce contexte, McFall et al. (2010), dans une étude transversale, ont exploré l’existence de possibles modérateurs et médiateurs des relations entre diabète de type 2 et déficits cognitifs chez les personnes âgées. Une variable modératrice est censée affecter la direction ou la force des relations entre diabète de type 2 et déficits cognitifs, alors qu’une variable médiatrice est censée rendre compte de ces relations ou d’une partie d’entre-elles.

 

Pour ce faire, les auteurs ont comparé deux groupes de personnes âgées (de 53 à 90 ans) : 41 personnes ayant un diabète de type 2 et 458 personnes de contrôle. Ils ont administré aux participants différents tests cognitifs évaluant la mémoire épisodique, la mémoire sémantique, le fonctionnement exécutif et la vitesse de traitement. Par ailleurs, ils ont examiné le rôle médiateur ou modérateur potentiel de 13 variables en lien avec : les réactions affectives (dépression, émotions positives et négatives), l’évaluation par la personne elle-même (subjective) de sa santé et de son impact sur la vie quotidienne (c’est-à-dire la connaissance et les croyances que la personne entretient au sujet de différents aspects de sa santé), la vitalité biologique ou santé physique (indice de masse corporelle, débit expiratoire de pointe, force de préhension, pression artérielle systolique et diastolique, équilibre et marche sous forme d’un score composite) et enfin le style de vie (activités physiques, engagement social, activités cognitives).

 

Après des analyses exploratoires, il est apparu que les personnes âgées présentant un diabète de type 2 obtenaient des résultats inférieurs à ceux des personnes de contrôle pour sept mesures : score composite de mémoire épisodique (mémoire de mots et de récits), deux tests exécutifs d’inhibition (Hayling et Stroop), un test exécutif de flexibilité (Color Trail Test) et trois mesures de vitesse de traitement (score composite de vitesse sémantique, score composite de temps de réaction et vitesse perceptive). Par ailleurs, six variables (dépression et émotions négatives, un score composite d’évaluation de la santé subjective, l’indice de masse corporelle, la pression artérielle systolique et le score composite de marche et d’équilibre) ont été identifiées comme sensibles aux relations entre le diabète de type 2 et plusieurs type de déficits cognitifs.

 

Ensuite, les analyses spécifiques de médiation ont permis d’identifier que trois facteurs (la pression artérielle systolique, le score composite de marche et d’équilibre et l’évaluation subjective de la santé) constituaient des médiateurs significatifs des relations entre diabète de type 2 et déficits cognitifs. Il est à noter que chacun de ces médiateurs était impliqué dans plusieurs mesures cognitives (concernant la vitesse de traitement, le fonctionnement exécutif et la mémoire épisodique) et que le score composite marche/équilibre était un médiateur pour les 7 mesures cognitives retenues.

 

En ce qui concerne les analyses de modération, aucune variable modératrice significative (affectant la force de la relation entre diabète de type 2 et déficits cognitifs) n’a été identifiée, mais néanmoins deux variables (la dépression et les émotions négatives) approchaient du seuil de signification et toutes deux impliquaient la relation entre diabète de type 2 et la vitesse de traitement.

 

En dépit de certaines limites (et en particulier, un échantillon de personnes avec diabète trop réduit et insuffisamment diversifié au plan socioéconomique, ainsi que le caractère transversal de la recherche empêchant d’analyser les relations temporelles entre les variables), l’intérêt de cette étude est de mettre en évidence la complexité des relations entre diabète de type 2 chez la personne âgée et les difficultés cognitives. Elle permet également d’identifier différents axes de prévention et d’intervention.

 

Plus spécifiquement, ce travail montre que plusieurs facteurs distaux peuvent influencer les relations entre diabète de type 2 et fonctionnement cognitif et que trois facteurs (pression artérielle systolique, évaluation subjective de la santé et score de marche et d’équilibre) constituent des médiateurs significatifs (c’est-à-dire rendent compte de façon importante) de ces relations. Les mécanismes spécifiquement impliqués dans les troubles cognitifs, pour chaque facteur médiateur, renvoient très vraisemblablement à des dimensions multiples : problèmes vasculaires, stress, motivation, intégration de processus sensoriels et cognitifs, etc. Clairement, des études futures devront s’atteler à déterminer de manière plus précise les mécanismes en jeu, notamment pour ce qui est du rôle médiateur de la marche et l’équilibre. Il s’agirait également d’explorer de façon plus approfondie le rôle modérateur possible de la dépression et des émotions négatives (et plus largement des stratégies de régulation émotionnelle). Enfin, il paraît également nécessaire d’examiner le fonctionnement cognitif, et les variables qui y sont associées, chez des personnes âgées présentant un niveau élevé d’hémoglobine glycosylée, pouvant indiquer qu’une personne a un risque accru de développer un diabète ou qu’elle remplit déjà les critères pour un tel diagnostic, sans avoir été testée cliniquement (voir Nilsson & Wahlin, 2009).          

 

Notons que des facteurs biologiques proximaux (en lien plus direct avec le diabète) sont également impliqués dans ces relations, comme la glycémie, la résistance à l’insuline ou la présence de micro-infarctus (Manschot et al., 2007). Des études ultérieures devraient examiner conjointement la contribution des facteurs proximaux et distaux (et de leurs interactions) aux déficits cognitifs des personnes âgées présentant un diabète de type 2.

 

En conclusion, cette étude de McFall et al. (2010) constitue une excellente illustration d’une approche qui aborde le vieillissement cognitif dans toute sa complexité.

 

diabete.jpg

 

Ahtiluoto, S., Polvikoski, T., Peltonen, M., Solomon, A., Tuomilheto, J., Winblad, B., et al. (2010). Diabetes, Alzheimer’s disease, and vascular dementia. Neurology, à paraître.

Arvanitakis, Z., Wilson, R.S., Bienias, J.L., Evans, D.A., & Bennett, D.A. (2004). Diabetes mellitus and risk of Alzheimer disease and decline in cognitive function. Archives of Neurology, 61, 661-666.

Awad, N., Gagnon, M., & Messier, C. (2004). The relationship between impaired glucose tolerance, type 2 diabetes, and cognitive function. Journal of Clinical and Experimental Neuropsychology, 26, 1044-1080.

Manschot, S.M., Biessels, G.J., de Valk, H., Algra, A., Rutten, G.E.H.M., van der Grond, J., et al. (2007). Metabolic and vascular determinants of impaired cognitive performance and abnormalities on brain magnetic resonance imaging in patients with type 2 diabetes. Diabetologia, 50, 2388-2397.

McFall, G.P., Geall, B.P., Fischer, A.L., Dolcos, S., & Dixon, R.A. (2010). Testing covariates of type 2 diabetes-cognition associations in older adults: Moderating or mediating effects? Neuropsychology, 24, 547-562.

Nilsson, E., & Wahlin, A. (2009). Diabetes and elevated glycosylated haemoglobin: Episodic memory and utilisation of cognitive support. European Journal of Cognitive Psychology, 21, 388-405.

Xu, W.L., Qiu, C.X., Wahlin, A., Winblad, B., & Fratiglioni, L. (2004). Diabetes mellitus and risk of dementia in the Kungsholmen project. Neurology, 63, 1181-1186. 

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Prévention
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