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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 23:52

* mémoire épisodique, fonctions exécutives et vitesse de traitement


 Dans une chronique précédente (« Activité physique durant le parcours de vie et performance cognitive dans la vieillesse »), nous avons décrit le travail de Middleton et al. (2010), qui a montré que la performance cognitive de femmes âgées de 65 ans et plus (évaluée par une version modifiée du MMSE) était corrélée à la pratique d’une activité physique à divers âges de la vie (à l’adolescence, à la trentaine, à la cinquantaine et durant la période de l’étude), mais plus particulièrement durant l’adolescence.

Dans une autre chronique (« Des activités de loisirs stimulantes sur le plan cognitif, une vie sociale active et des activités physiques ont un effet protecteur sur le fonctionnement cognitif 20 ans plus tard »), nous avons rapporté les résultats d’une étude menée par Kareholt et al. (2010), qui ont mis en évidence des associations significatives entre le fonctionnement cognitif des personnes âgées (évalué par le MMSE) et l’implication antérieure dans des activités civiques/politiques, mentales/cognitives et socioculturelles (chez les hommes et les femmes), et physiques (chez les femmes uniquement), implication évaluée en moyenne 23 ans auparavant.

Deux autres études ont examiné l’effet spécifique de l’activité physique durant la cinquantaine sur le risque ultérieur de développer une « démence » et elles ont obtenu des résultats divergents : l’une (Rovio et al., 2005) montrant un effet bénéfique de l’activité physique, alors que l’autre (Yamada et al., 2003) n’a mis en évidence aucune association significative entre activité physique et risque de démence.

Deux constats s’imposent concernant l’influence de l’activité physique à la cinquantaine sur le vieillissement cognitif ultérieur : d’une part, les études se sont penchées isolément soit sur le risque de développer une démence (Rovio et al., 2005 ; Yamada et al., 2003), soit sur le fonctionnement cognitif évalué très grossièrement par le MMSE (Kareholt et al., 2010 ; Middleton et al., 2010) ; d’autre part, les résultats obtenus par les différentes études ne sont pas complètement homogènes. 

Un travail récent (Chang et al., 2010) s’est également penché sur l’influence de l’activité physique effectuée durant la cinquantaine sur le fonctionnement cognitif des personnes âgées. L’intérêt de ce travail est double : il a examiné à la fois le risque de développer une « démence » mais aussi, et plus généralement, le fonctionnement cognitif des personnes âgées dans les domaines de la mémoire épisodique, du fonctionnement exécutif et de la vitesse de traitement.

Les auteurs ont analysé les données de 4’945 participants dans le cadre d’une vaste étude longitudinale menée à Reykjavik. La présence d’une activité physique régulière (sport ou exercice) a été évaluée alors que les personnes étaient dans la cinquantaine (âge moyen de 51 ans) : 68.8% des personnes ne rapportaient aucune activité physique, 26.5% une activité physique égale ou inférieure à 5 heures par semaine, et 4.5% une activité physique supérieure à 5 heures par semaine.

Environ 26 ans plus tard, les participants (âge moyen de 76 ans) ont été soumis à une évaluation cognitive détaillée, qui a permis d’obtenir des scores composites de mémoire épisodique, de fonctionnement exécutif et de vitesse de traitement. De plus, un protocole en trois étapes a été adopté pour identifier des cas de « démence » : les personnes qui avaient un MMSE égal ou inférieur à 23 ou un score brut égal ou inférieur à 17 au sous-test de substitution chiffres-symboles (« code ») étaient soumises à une deuxième évaluation cognitive ; les personnes qui obtenaient un score de 8 ou plus au Trail Making Test (un score établi à partir des temps et réponses correctes des parties A et B)  et un score global de rappel inférieur à 19 aux 4 essais de rappel du test de mémoire de mots de Rey étaient orientés vers la troisième étape, qui comportait un examen neurologique et un entretien avec un proche. Le diagnostic de « démence » était ensuite établi de façon consensuelle par un gériatre, un neurologue, un neuropsychologue et un neuroradiologue.

Les analyses concernant le fonctionnement cognitif (mémoire épisodique, processus exécutifs et vitesse de traitement) ont été menées en retirant (malheureusement, voir plus bas) les personnes âgées ayant reçu le diagnostic de « démence ». Il faut enfin noter que, lors de l’évaluation effectuée durant la cinquantaine, une série de facteurs pouvant éventuellement influer sur la relation entre activité physique et fonctionnement cognitif (ou survenue d’une « démence ») ont été évalués : âge au moment de l’évaluation de l’activité physique, genre, niveau d’éducation, niveau de cholestérol, pression artérielle systolique , tabagisme et indice de masse corporelle.

Les résultats montrent que, en comparaison avec les personnes ne rapportant aucune activité physique régulière, les deux autres groupes de participants (≤ 5 h. d’activité physique par semaine et > 5 h. d’activité physique par semaine) ont une meilleure vitesse de traitement, une meilleure mémoire épisodique et un meilleur fonctionnement exécutif (l’association la plus forte impliquant la vitesse de traitement), et ce après avoir pris en compte l’influence possible des différents facteurs sociodémographiques et de santé retenus.

En outre, après avoir également contrôlé l’influence éventuelle des différents facteurs sociodémographiques et de santé, le groupe de personnes pratiquant, lors de la cinquantaine, une activité physique pendant une durée égale ou inférieure à 5 h. ont une probabilité significativement moindre de développer une « démence ». Les personnes rapportant plus de 5 heures par semaine d’activité physique sont aussi à moindre risque de présenter une démence, mais l’association n’est pas statistiquement significative : il faut néanmoins relever que les personnes de ce groupe étaient en nombre réduit.

Cette étude comporte un certain nombre de limites : en particulier, l’évaluation de l’activité physique est par trop globale et elle ne prend pas en compte les changements dans l’activité physique qui ont pu se produire durant l’intervalle de 26 années entre les deux évaluations. On peut aussi regretter que les auteurs n’aient pas adopté une approche en continuum et, se fondant sur une approche catégorielle, qu’ils aient retiré les personnes ayant reçu un diagnostic de « démence » des analyses sur le fonctionnement cognitif (mémoire épisodique, fonctions exécutives et vitesse de traitement). Néanmoins, globalement, cette recherche conforte l’idée selon laquelle l’activité physique pratiquée durant la cinquantaine peut contribuer à optimiser le fonctionnement cognitif (dans différents domaines de la cognition) et à réduire le risque de développer un vieillissement cérébral problématique.


Notons enfin que, comme l’indiquent Chang et al. (2010), de nombreux mécanismes peuvent être impliqués dans cette relation entre activité physique  et fonctionnement cognitif de la personne âgée : réduction de la teneur en lipides dans le sérum, réduction de la pression artérielle, accroissement de la capacité cardiovasculaire, réduction de la perte de tissu cérébral, stimulation de la croissance neuronale, style de vie plus sain, activités sociales et cognitives plus riches, etc.  

 

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Chang, M., Jonsson, P.V., Snaedal, J., Bjornsson, S., Saczynski, J.S., Aspelund, Th., et al. (2010). The effect of midlife physical activity on cognitive function among older adults : AGES-Reykjavik study. Journal of Gerontology A: Biological Sciences and Medical Sciences, à paraître (doi: 10.1093/gerona/glq152).

Kareholt, I., Lennartsson, C., Gatz, M., & Parker, M.G. (2010). Baseline leisure time activity and cognition more than two decades later. International Journal of Geriatric Psychiatry, à paraître (DOI: 10.1002/gps.2490).

Middleton, L.E., Barnes, D.E., Lui, L.-Y., & Yaffe, C. (2010). Physical activity over the life course and its association with cognitive performance and impairment in old age. Journal of the American Geriatrics Society, 58, 1322-1326.

Rovio, S., Kareholt, I., Helkala, E.L., et al., (2005). Leisure-time physical activity at midlife and the risk of dementia and Alzheimer’s disease. Lancet Neurology, 4, 705-711.

Yamada, M., Kasagi, F., Sasaki, H., Masunari, N., Mimori, Y., & Suzuki, G. (2003). Association between dementia and midlife risk factors: the Radiation Effects Research Foundation Adult Health Study. Journal of the American Geriatrics Society, 51, 410-414.

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