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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 21:06

Le faible engagement dans des activités sociales et récréatives constitue un fait bien établi chez les résidants de structures d’hébergement à long terme, en particulier chez ceux qui présentent un vieillissement cérébral/cognitif problématique (voir l’étude internationale menée auprès de 400’000 résidants d’institutions d’hébergement à long terme dans 5 pays ; Schroll et al., 1997).


Différents facteurs ont été associés à l’engagement faible des résidants dans les activités proposées : problèmes moteurs, problèmes de sommeil (voir notre chronique « Les relations réciproques entre troubles du sommeil et activités quotidiennes chez des résidants de structures d’hébergement à long terme »), difficultés cognitives, médication inappropriée, résistance à un langage dévalorisant (voir notre chronique « Améliorer la communication dans les structures d’hébergement des personnes âgées : réduire le parler "mémé" (ou "pépé") ! »), activités par trop routinières, activités non adaptées aux compétences et intérêts des personnes, activités qui ne donnent pas de sens à la vie (non focalisées sur l’aide à autrui ou sur la société), activités culturellement non adaptées, etc.


Parmi ces multiples facteurs (psychologiques, sociaux, culturels, environnementaux), il en est un qui semble jouer un rôle important, à savoir la personnalité des résidants. Ainsi, par exemple, le trait de personnalité d’agréabilité (ou caractère agréable, à savoir une tendance à être compatissant et coopératif plutôt que soupçonneux et compétitif) peut influencer l’engagement des résidants pour certaines activités et certains types d’interactions. Plus spécifiquement, il a été montré qu’une faible agréabilité préexistante était associée à la présence de comportements agressifs chez les personnes « démentes » (Archer et al., 2007 ; Whall et al., 2008), ce qui peut affecter négativement leur implication dans les activités, notamment par une réticence à coopérer avec d’autres.

 

Dans une étude pilote récente, Hill et al. (2010) ont examiné à quel point le fait de tailler sur mesure les activités proposées aux résidants d’une structure d’hébergement à long terme en fonction de leur personnalité et de leur type d’intérêts permettait d’améliorer l’engagement des personnes dans ces activités. Les auteurs ont recueilli des données auprès de 31 personnes, recrutées dans quatre structures d’hébergement à long terme, âgées en moyenne de 82 ans et ayant reçu un diagnostic de « démence » (MMSE de 26 ou moins). Plus spécifiquement, ils ont analysé l’engagement de ces personnes suite à la proposition d’activités personnalisées.

 

La personnalité des personnes était évaluée (via une version courte de l’Inventaire de Personnalité NEO Personality Inventory) par un proche (le plus souvent l’époux ou un enfant) qui avait un contact régulier et durable avec elles et ce depuis au moins 10 ans avant l’établissement du diagnostic de démence. Cette évaluation de la personnalité, et plus particulièrement l’évaluation des dimensions d’extraversion (apprécier les interactions sociales) et d’ouverture (apprécier la nouveauté), a permis de placer chacun des résidants dans une parmi 4 catégories de type d’intérêts, lesquelles décrivent les préférences pour des activités selon deux axes : « groupe versus interaction en tête à tête » et « environnement familier versus nouveau ».

 

Ensuite, chaque résidant a reçu des propositions d’activités taillées sur mesure, en fonction de ses capacités fonctionnelles et physiques, ainsi que de son type d’intérêts. Pour illustration, voici quelques exemples des activités proposées en fonction du type d’intérêts de chaque résidant : Extraversion / Ouverture  : des jeux de table en groupe, chanter des chansons familières en groupe ; Extraversion / Ouverture : groupe de réminiscence, utilisation de cloches colorées pour faire de la musique en groupe ; Extraversion ‑ / Ouverture ‑ : réaliser un nichoir à partir de bois prédécoupé, faire du beurre (battre la crème jusqu’à ce qu’elle tourne en beurre) ; Extraversion  / Ouverture + : écouter de la poésie, décorer des perles et les enfiler de façon créative (pour une description plus détaillée des activités sélectionnées en fonction d’un niveau plus ou moins élevé d’ouverture et d’extraversion, voir Kolanowki, Litaker, & Buettner, 2005 ; Kolanowski & Buetner, 2008).  

 

L’engagement était évalué via l’analyse des enregistrements vidéo des activités auxquelles participaient les résidants et des mesures du temps passé sur les activités, ainsi que du niveau de participation, ont été établies. Les activités étaient implémentées par des personnes n’ayant aucune connaissance des critères de répartition des participants. Les activités étaient proposées pendant 20 minutes chaque jour, pendant 12 jours consécutifs.

 

Les résultats montrent qu’en moyenne les participants participaient aux activités proposées pendant plus de 16 minutes et qu’ils étaient activement engagés dans ces activités. Plus important, aucune différence significative n’a été observée dans le temps passé sur les activités entre les participants avec un haut et un bas niveau d’agréabilité, et ce après avoir pris en compte la sévérité des troubles cognitifs et la dépendance physique.   

 

Cette étude pilote n’est pas sans limite, avec notamment un échantillon assez réduit (et une conclusion basée sur une absence de différence), ainsi qu’un temps maximum de participation limité à 20 minutes (rendant possible la présence d’un effet-plafond). Néanmoins, ce travail est intéressant, notamment dans la méthode utilisée pour proposer à chaque résidant des activités individualisées, sur base de sa personnalité antérieure (ainsi que de ses capacités physiques et cognitives). Globalement, les résultats de cette recherche confirment l’importance qu’il y a à concevoir des activités sociales et récréatives adaptées aux caractéristiques personnelles des résidants (voir également Cohen-Mansfield et al., 2009). Plus spécifiquement, ils indiquent que la dimension plus ou moins élevée d’agréabilité n’influence pas l’engagement dans les activités proposées, quand ces activités sont spécifiquement adaptées à la capacité fonctionnelle et aux dimensions d’ouverture et d’extraversion de chacun des résidants.

 

Dans ce contexte, l’évaluation du mode de fonctionnement antérieur et de la personnalité préexistante des résidants est à même de fournir des informations pouvant très utilement guider le choix des activités proposées aux différents résidants. Cependant, outre la personnalité, il s’agit d’aborder l’ensemble des facteurs (institutionnels, cognitifs, psychologiques, médicamenteux, etc.) qui peuvent contribuer à un engagement limité des résidants dans des activités.

 

Il paraît aussi essentiel de proposer des activités permettant de connecter la personne avec la société et les générations plus jeunes et de lui donner un sentiment d’utilité et de contrôle sur sa vie quotidienne (voir notre chronique « Des relations d’attachement, la possibilité de s’occuper d’autrui, une estime de soi confortée et un sentiment de compétence »). 

 

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Archer, N., Brown, R.G., Reevers, S.J., Boothby, H., Nicholas, H., Foy, C., et al. (2007). Premorbid personality and behavioural and psychological symptoms in probable Alzheimer disease. American Journal of Geriatric Psychiatry, 15, 202-213.

Cohen-Mansfield, J., Dakheel-Ali, M., & Marx, M.S. (2009). Engagement in persons with dementia: The concept and its measurement. American Journal of Geriatric Psychiatry, 17, 299-307.

Hill, N.L., Kolanowski, A., & Kürüm, E., (2010). Agreeableness and activity engagement in nursing home residents with dementia. Journal of Gerontological Nursing, 36, 45-52.

Kolanowski, A., & Buettner, L. (2008). Prescribing activities that engage passive residents. An innovative method. Journal of Gerontological Nursing, 34, 13.18.

Kolanowski, A., Litaker, M., & Buettner, L. (2005). Efficacy of theory-based activities for behavioural symptoms. Nursing Research, 54, 219-228. 

Schroll, M. Jonsson, P.V., Mor, V., Berg, K., & Sherwood, S. (1997). An international study of social engagement among nursing home residents. Age and Ageing, 26 (Suppl.2), 55-59.

Whall, A.L., Colling, K.B., Kolanowski, A., Kim, H., Homg, G.S., DeCicco, B., et al., (2008). Factors associated with aggressive behaviour among nursing home residents with dementia. The Gerontologist, 48, 721-731.

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Structures d'hébergement à long terme
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