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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 20:31

Plusieurs études ont montré que le cerveau de beaucoup de personnes âgées, ne manifestant pas de leur vivant des difficultés cognitives importantes (pas de « démence »), présentaient pourtant un taux important de signes considérés comme « caractéristiques  » de la maladie d’Alzheimer (à savoir des plaques séniles et des dégénérescences neurofibrillaires), ainsi d’ailleurs que d’autres anomalies neuropathologiques (voir Fotuhi et al, 2009).

Une étude récente (Sonnen et al., 2011) vient de conforter ce constat, après avoir mené une exploration neuropathologique harmonisée de 336 cerveaux de personnes qui, de leur vivant, ne présentaient pas de signes de vieillissement cognitif problématique (qui étaient « cognitivement normales »). Ces personnes étaient issues de 4 cohortes différentes, qui avaient été recrutées (au sein d’une communauté définie ou en population générale) dans le cadre de 4 études longitudinales : l’« Adult Changes in Thought Study », l’« Honolulu-Asia Aging Study », la « Nun Study » et l’« Oregon Brain Aging Study ».

Au moment de leur décès, les personnes étaient âgées en moyenne de 87 ans. Un examen clinique effectué endéans les 2 ans précédant leur décès n’avait pas mis en évidence de signe de « démence » (selon les critères classiques). Par ailleurs, leur score à une échelle de fonctionnement cognitif global (le « MMSE » ou le « Cognitive Assessment Screening Instrument ») se situait dans les 4 quintiles supérieurs de leur cohorte entière d’appartenance. L’examen neuropathologique a porté sur la fréquence de plaques amyloïdes, les stades de Braak pour les dégénérescences neurofibrillaires, la distribution des corps de Lewy et le nombre de micro-infarctus cérébraux.

Les résultats montrent que 47 % des personnes avaient des scores indiquant la présence modérée ou fréquente de plaques amyloïdes. En ce qui concerne les stades de Braak pour les dégénérescences neurofibrillaires, 63% des personnes ont été classées comme étant aux stades « sans dégénérescences neurofibrillaires, stade I et stade II », 30% aux stades III et IV et 7% aux stades V et VI. Les 47% de personnes ayant une présence modérée ou fréquente de plaques amyloïdes se répartissaient à travers les différents stades de Braak pour les dégénérescences neurofibrillaires, avec cependant seulement 6% de ces personnes se situant aux stades V et VI de Braak. Par ailleurs, 15% des personnes avaient des corps de Lewy médullaires, 8% ayant aussi des corps de Lewy au niveau du locus niger et 4% au niveau du néocortex. La présence de micro-infarctus cérébraux a été relevée chez 33% des personnes, dont 10% ayant un nombre d’infarctus égal ou supérieur à 3 (un niveau qui est associé à un risque accru de « démence » cliniquement évidente).

Par ailleurs, les résultats indiquent qu’il est très rare qu’une personne n’ait aucun signe neuropathologique (4%) et que 37% des personnes présentent simultanément des plaques amyloïdes et des dégénérescences neurofibrillaires avec des corps de Lewy ou des micro-infarctus cérébraux. De plus, il apparaît que l’importance des signes neuropathologiques et de leur co-occurrence (évaluée via un score allant de 0 à 9) varie très considérablement entre les individus (tout en étant très similaire dans les 4 groupes issus des 4 études longitudinales).

Enfin, il est apparu qu’environ 10 à 15 % des personnes, à travers les 4 études, montrent des taux de changements neuropathologiques (plaques amyloïdes, dégénérescences neurofibrillaires, corps de Lewy et micro-infarctus cérébraux) qui sont équivalents ou supérieurs aux taux moyens observés chez des personnes ayant reçu le diagnostic de « démence ». 

En résumé, cette étude est la première à avoir exploré, auprès de plusieurs cohortes indépendantes (recrutées en communauté ou en population générale), les changements neuropathologiques chez des personnes ne présentant pas un vieillissement cognitif problématique. Selon les auteurs, les résultats de ce travail confirment la complexité intrinsèque du vieillissement cérébral. Ils suggèrent également que le cerveau vieillissant rencontre des « stresseurs, lésions et réponses aux lésions, multiples et simultanés, interagissant les uns avec les autres ». Ils suggèrent aussi l’existence de facteurs (non encore identifiés) qui contribuent à l’expression plus ou moins problématique du vieillissement cognitif.

De façon plus globale, cette recherche ajoute de nouveaux arguments en faveur d’une approche qui considère le vieillissement cérébral/cognitif en termes de continuum et qui prenne en compte la complexité et la dynamique des facteurs impliqués dans son évolution.

Ces données sont à considérer en parallèle avec celles que nous avons récemment rapportées, montrant notamment une dissociation entre l’accumulation accrue de béta-amyloïde et le fonctionnement cognitif chez les paires de jumeaux monozygotes (voir notre chronique « Une étude de plus qui dissocie troubles cognitifs et accumulation accrue de plaques amyloïdes ») ainsi qu’une évaluation positive chez certaines personnes ayant reçu le diagnostic de « maladie d’Alzheimer » (voir notre chronique « Trois exemples de diagnostic réversible de maladie d’Alzheimer »).

neuropatho.jpg

© V. Yakobchuk - Fotolia.com 

Fotuhi, M., Hachinski, V., & Whitehouse, P. (2009). Changing perspectives regarding late-life dementia. Nature Reviews Neurology, 5, 649-658.

Sonnen, J.A., Santa Cruz, K., Hemmy, L.S., Woltjer, R., Leverenz, J.B., Montine, K.S., Jack, C.R., Kaye, J., Lim, K., Larson, E.B., White, L., Montine, Th., J. (2011). Ecology of the aging brain. Archives of Neurology, 68, 1049-1056.

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