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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur honoraire de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 22:45

Le syndrome confusionnel (« delirium ») s’installe habituellement de façon abrupte (en quelques heures ou quelques jours) et se caractérise par l’association d’un trouble de la vigilance, d’une altération globale des fonctions cognitives, d’une désorientation spatio-temporelle et de distorsions de la réalité (productions délirantes, hallucinations, vécus oniriques, avec adhésion de la personne à ses productions, ainsi qu’une peur et une anxiété intenses). Il peut en résulter des comportements inadéquats, voire dangereux, pour la personne et son entourage.

 

Ce syndrome confusionnel est fréquent chez les personnes âgées hospitalisées (Bucht, Gustafson, & Sandberg, 1999) et particulièrement chez les personnes hospitalisées pour une fracture de hanche (Ensrud et al., 2007). Par ailleurs, plusieurs études ont suggéré que le syndrome confusionnel consécutif à une fracture de hanche pouvait prédire le développement d’un vieillissement cérébral/cognitif problématique (une « démence »). Cependant, ces études n’ont pas évalué de façon détaillée l’état cognitif des personnes, préalable à la fracture.

 

Krogseth et al. (2011) ont dès lors entrepris une étude visant à suivre longitudinalement (sur une période de 6 mois) 106 personnes ayant été opérées pour une fracture de hanche et qui ne présentaient pas préalablement de « démence ». De façon plus précise, les auteurs ont inclus 266 personnes âgées de plus de 65 ans : 92 d’entre elles n’ont pas pu être suivies pendant la période de 6 mois, 65 personnes présentaient une « démence » pré-fracture et le statut cognitif préexistant n’a pas pu être établi pour 3 personnes.

 

Le diagnostic de « démence » pré-fracture a été déterminé en se basant sur les informations suivantes : le dossier médical des personnes (incluant notamment les résultats de tests cognitifs, d’examens d’imagerie cérébrale et de tests biologiques); les informations recueillies auprès des proches au moyen de l’IQ-CODE (évaluant les changements cognitifs durant les 10 dernières années et jusqu’à deux semaines avant la fracture) et de deux échelles évaluant les activités de la vie quotidienne avant la fracture (« Barthel ADL Index » et « Nottingham Extended ADL ») ; les scores au MMSE et au test du dessin de l’horloge administrés dans la phase aiguë pré-fracture (pour les personnes lucides). Le diagnostic était posé, indépendamment, par deux experts en gériatrie (avec un diagnostic de consensus en cas de désaccord), et ce à partir des critères classiquement utilisés pour le diagnostic de « maladie d’Alzheimer », de « démence vasculaire », de « démence frontotemporale » et de « démence à corps de Lewy ».

 

La présence d’un syndrome confusionnel (dans la phase aiguë, avant ou après l’opération) a été déterminée via la « Confusion Assessment Method », administrée chaque jour de l’hospitalisation jusqu’au 5ème jour après l’opération ou jusqu’au départ. Par ailleurs, le MMSE et le test du dessin de l’horloge ont été administrés au troisième jour. 

 

Après 6 mois, les 106 personnes sans « démence » pré-fracture ont reçu la visite d’un médecin, non informé de la survenue d’un syndrome confusionnel. Il a recueilli des informations sur les médicaments pris par la personne, le besoin d’aide et les complications éventuelles. Il a également interrogé la personne sur les changements dans ses activités sociales, ainsi que dans son état cognitif et émotionnel. En outre, 5 tests cognitifs ont été administrés : le MMSE, la tâche des 10 mots de la batterie CERAD, le test du dessin de l’horloge, le test d’empan de chiffres (à l’envers et à l’endroit) et le test de Stroop. Des informations ont aussi été recueillies auprès des proches via l’IQ-CODE, adapté pour évaluer les changements durant les 6 mois qui précèdent la fracture, l’Inventaire Neuropsychiatrique (NPI), ainsi que le « Barthel ADL Index » et le « Nottingham Extended ADL Score ». A nouveau, le diagnostic était posé, indépendamment, par deux experts gériatres sur base des résultats aux tests, des informations recueillies auprès des proches et du rapport écrit par le médecin ayant réalisé la visite à domicile.

 

Une série de facteurs de risque potentiels de « démence» ont été contrôlés, dont notamment l’indice de masse corporelle, la charge de médication anticholinergique, une histoire d’accident vasculaire cérébral, d’hypertension ou de diabète, l’évaluation de la santé de la personne par l’anesthésiste (score ASA), la prise d’antidépresseurs (comme marqueur de dépression), l’âge et le nombre d’année de scolarité.

 

Les résultats montrent que 29 des 106 personnes (27%) ont développé un syndrome confusionnel. Après 6 mois, 16 des 106 personnes (15%) ont développé une « démence ». Dans le groupe de personnes ayant présenté un syndrome confusionnel, 11 sur 29 (38%) ont développé une « démence » contre 5 sur 77 (7%) dans le groupe sans syndrome confusionnel (p<0.0001 ; Chi carré). Par ailleurs, une analyse de régression logistique ajustée montre que la présence d’un syndrome confusionnel est le prédicteur le plus important de « démence » après 6 mois et cette association est même plus forte quand le score d’IQ-CODE pré-fracture est inclus dans l’analyse. Il existe par ailleurs une tendance (non statistiquement significative) à un risque plus élevé de « démence » chez les personnes ayant un score plus élevé à l’IQ-CODE pré-fracture, un rythme cardiaque préopératoire plus haut, une réduction plus importante de la pression artérielle moyenne durant l’opération, ainsi qu’un score ASA supérieur à 2.

 

Cette étude comporte certaines limites, et notamment le nombre relativement faible de personnes en comparaison au nombre important de facteurs de risque étudiés (ce qui conduit à un large intervalle de confiance), une durée de suivi limitée, une absence de mesure de la gravité et de la durée du syndrome confusionnel et un examen neuropsychologique assez limité (et non mené et interprété par des psychologues).

 

Néanmoins, ce travail suggère que la survenue d’un syndrome confusionnel consécutive à une hospitalisation pour une fracture de hanche constitue un fort prédicteur de « démence » 6 mois plus tard. Il plaide ainsi pour la mise en place d’études visant, d’une part, à répliquer et étendre les données obtenues et, d’autre part, à tenter de comprendre les mécanismes impliqués dans ce lien entre syndrome confusionnel et « démence ».

 

En fait, la nature du syndrome confusionnel, en tant que tel, est encore très mal comprise et les moyens de le prévenir sont dès lors, eux-aussi, mal identifiés, et ce en dépit des risques qu’il fait courir à la personne (y compris le risque de « démence ») et des problèmes importants qu’il pose aux soignants et aux proches. Il apparaît que, tout comme pour la « démence », une meilleure compréhension du syndrome confusionnel passera par une approche prenant en compte la multiplicité des facteurs (biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux) impliqués dans son développement. En d’autres termes, il s’agit là aussi de s’affranchir d’une approche biomédicale réductionniste.

 

delirium.jpg

©123rf

Bucht, G., Gustafson, Y., & Sandberg, O. (1999). Epidemiology of delirium.  Dementia and Geriatric Cognitive Disorders, 10, 315-318.

Ensrud, K.E., Ewing, S.K., Taylor, B.C., Fink, H.A., Stone, K.L., Cauley, J.A., et al. (2007). Frailty and risk of falls, fracture, and mortality in older women: the study of osteoporotic fractures. Journal of Gerontology: Biological and Medical Sciences, 62, 744-751.

Krogseth, M., Bruun Wyller, T., Engedal, K., & Jukiebo. V. (2011). Delirium is an important predictor of incident dementia among elderly hip fracture patients. Dementia and Geriatric Cognitive Disorders, 31, 63-70.

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C

Ma maman (87ans) a été hospitalisée à deux reprises suite à des chutes. Elle était tout à fait normale lorsqu'elle est arrivée à l'hôpital.


Quelques heures plus tard, elle était méconnaissable : confusion, irritabilité, agressivité etc...


Les médecins m'ont dit qu'elle souffrait de démence, d'Alzheimer ou encore qu'elle avait fait un AVC... et qu'il fallait la mettre en revalidation dans un centre psychiatrique.


Très sceptique, j'ai préféré la reprendre à la maison. J'ai arrêté le médicament qui lui avait été prescrit. Quelques jours plus tard, elle redevenait complètement normale.


La seconde fois qu'elle a été hospitalisée, même problème. D'après les médecins elle avait perdu la tête et je ne pouvais plus la reprendre à la maison.


J'ai demandé au médecin si ce n'était pas dû au médicament. Il m'a répondu que cela n'avait rien à voir et que je devais accepter le fait que maman souffre de démence.


De retour à la maison, j'ai à nouveau arrêté cet antidouleur et tout est redevenu normal.


Je crois que beaucoup de personnes âgées se trouvent en psychiatrie et qu'il suffirait d'arrêter l'antidouleur qu'elles ne supportent pas pour qu'elles retrouvent leurs esprits.


 


 


 


 
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