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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 00:32

De nombreuses études ont montré que le fait de vivre en couple, ainsi que la qualité de la relation de couple, étaient positivement associés à la santé et à la longévité.


Seules quelques études ont spécifiquement exploré le lien entre le statut marital et le risque de vieillissement cérébral/cognitif problématique (de « démence »). La plupart d’entre elles ont observé que les personnes qui vivaient sans partenaire présentaient un risque accru de « démence » (voir Hakansson et al., 2009, pour les références de ces études). Cependant, la période de suivi dans ces recherches était relativement courte, allant de 3 à 10 ans. Même si un changement dans le statut marital des personnes âgées consécutif à des difficultés cognitives n’est vraisemblablement pas très fréquent, on ne peut pas exclure l’existence d’une causalité inverse, à savoir une augmentation du nombre du nombre de personnes vivant seules du fait de l’apparition de difficultés cognitives (Helmer, 2009).


Dans cette perspective, Hakansson et al. (2009) ont entrepris une étude prospective visant à évaluer dans quelle mesure le statut marital durant la cinquantaine avait un impact sur le fonctionnement cognitif évalué en moyenne 21 ans après. Plus spécifiquement, dans le cadre d’une vaste étude consacrée aux risques vasculaires de démence, ils ont suivi 1’449 personnes issues d’échantillons tirés aléatoirement dans les registres de population de deux régions en Finlande. Le statut marital des participants a été évalué quand ils avaient un âge moyen de 50,4 ans et leur statut cognitif (trouble cognitif léger, « maladie d’Alzheimer », autre « démence ») a été déterminé, selon une procédure très approfondie, quand ils avaient entre 65 et 79 ans. A partir de leur situation maritale (marié/vivant en couple, isolé, séparé/divorcé, veuf) lors de l’évaluation initiale et de l’examen cognitif ultérieur, différentes catégories ont été déterminées comme, par exemple, marié lors des deux évaluations, marié à la cinquantaine et veuf lors de l’évaluation ultérieure, etc.

Les résultats principaux montrent que les personnes qui vivent avec un partenaire (mariage ou concubinage) à la cinquantaine ont deux fois moins de risque de développer un trouble cognitif (trouble cognitif léger ou « démence ») que les personnes qui vivent seules (isolées, séparées/divorcées et veuves). Par ailleurs, les personnes divorcées et veuves à la cinquantaine et qui le sont encore lors de l’examen de suivi ont trois fois plus de risque de développer un trouble cognitif (trouble cognitif léger ou « démence ») que les personnes mariées ou vivant en couple. En outre, les personnes qui sont veuves à la cinquantaine et qui le restent ultérieurement ont un risque particulièrement important de développer une « maladie d’Alzheimer », avec un odds ratio (OR) de 7.67 (1.6 à 40), en comparaison aux personnes mariées ou vivant en couple. Enfin, le risque le plus élevé de développer une « maladie d’Alzheimer » s’observe chez les porteurs de l’ApoE4 qui ont perdu leur partenaire avant la cinquantaine (qui sont veufs ou divorcés lors de l’évaluation initiale) et qui le sont restés lors de l’évaluation de suivi. Notons enfin que l’accroissement du risque de trouble cognitif chez les personnes sans partenaire à la cinquantaine est présent tant chez les hommes que chez les femmes, avec un risque légèrement plus élevé chez les hommes (mais des conclusions solides ne peuvent être tirées concernant cette question, du fait d’échantillons trop restreints).

L’ensemble des associations observées se maintiennent après avoir contrôlé l’influence possible de différents facteurs : l’âge (au moment de l’évaluation cognitive), le niveau scolaire, le genre, ainsi que différents facteurs en lien avec la santé et le style de vie, mesurés lors de l’évaluation à la cinquantaine (tension artérielle systolique, taux de cholestérol, indice de masse corporelle, tabagisme, activité professionnelle, région de résidence, activité physique et symptômes de dépression).

 

Plusieurs facteurs sont très vraisemblablement impliqués dans l’influence du statut marital sur le risque de vieillissement cérébral/cognitif problématique. Il se pourrait ainsi que la réduction de risque de trouble cognitif en lien avec le fait de vivre avec un partenaire soit le reflet de la stimulation sociale et cognitive spécifiquement associée à la relation de couple. Mais d’autres facteurs non contrôlés dans cette étude pourraient aussi jouer un rôle, comme par exemple le niveau plus général d’engagement social et d’activités sociales (voir Helmer, 2009).

 

Ainsi, des études futures devraient évaluer de façon plus détaillée les caractéristiques de la vie des personnes et du couple et notamment le niveau de satisfaction par rapport à la relation ou l’engagement social tant au plan quantitatif que qualitatif. Par ailleurs, Hakansson et al. indiquent également que le risque particulièrement accru de problème cognitif observé chez les personnes veuves et divorcées à la cinquantaine et qui le sont restées jusqu’à l’évaluation cognitive de suivi pourrait être la conséquence d’un stress durable induit par le décès ou la séparation ainsi que des conséquence biologiques (notamment immunologiques) de ce stress. Il s’agit là aussi d’une hypothèse qui devrait être vérifiée empiriquement.

 

Quoi qu’il en soit, ces données suggèrent l’importance qu’il y aurait à encourager les personnes sans partenaire (en particulier les personnes veuves) à accroître leur engagement social via différents types d’activités.          

 

marital.jpg

© Andy Dean - Fotolia.com 

Hakansson, K., Rovio, S., Helkala, E.-L., Vilska, A.-R., Winblad, B., Soininen, H., et al. (2009). Association between mid-life marital status and cognitive function in later life: population based cohort. British Medical Journal, 2009;339:b2462 (doi:10.1136/bmj.b2462)

Helmer, C. (2009). Dementia and marital status at midlife and late life. Risk is increased in people who are unmarried, especially if they are widowed (Editorials). British Medical Journal, 2009;339:b1690 (doi:10.1136/bmj.b1690) 

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Interventions psychologiques et sociales
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