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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 21:48

De nombreuses études suggèrent qu’il existe un lien entre le stress psychologique et le vieillissement cérébral/cognitif problématique (la « démence »).

Ainsi, rappelons que, dans une étude menée auprès d’un échantillon représentatif de 1462 femmes âgées de 38 à 60 ans et évaluées 5 fois pendant une période de 35 ans, Johansson et al. (2010) ont montré que le risque de démence était plus élevé chez les femmes ayant rapporté un stress fréquent/constant durant la période du milieu de leur vie, et ce après avoir contrôlé une séries de facteurs de style de vie possiblement confondants (voir notre chronique « Risque de démence et stress psychologique »).

Par ailleurs, Yaffe et al. (2010) ont observé, sur une cohorte de 181’093 anciens combattants des Etats-Unis, que les personnes avec un état de stress post-traumatique avaient un risque deux fois plus élevé de développer une « démence » que celles sans état de stress post-traumatique, et ce après avoir contrôlé d’éventuelles différences entre les deux groupes de participants en ce qui concerne divers facteurs démographiques (éducation, ethnicité, revenus) et de co-morbidité médicale/psychiatrique (voir notre chronique « Etat de stress post-traumatique et risque de vieillissement cérébral/cognitif problématique »).

En outre, Norton et al. (2011) ont mis en évidence  que le décès de la mère durant l’adolescence était significativement associé à un risque plus élevé (de plus de deux fois) de « maladie d’Alzheimer », après avoir contrôlé pour l’âge, le genre, le niveau de scolarité, le génotype ApoE et le statut socioéconomique. Le décès du père durant les 5 premières années de la vie était aussi associé à un risque augmenté de « maladie d’Alzheimer », mais cette relation était plus faible (voir notre chronique « Le décès de la mère durant l’adolescence : un facteur de risque de maladie d’Alzheimer »). Dans un travail plus récent, Ravona-Springer et al. (2012) ont confirmé l’existence d’un lien entre le décès d’un parent durant l’enfance et l’adolescence et le risque ultérieur de « démence ». En 1965, il a été demandé à 9’362 hommes participant à l’étude «Israel Ischemic Heart Disease » et âgés de 40 ans et plus s’ils avaient vécu une crise importante (définie subjectivement par les personnes) suite au décès de leur père ou de leur mère, entre 0 et 6 ans, 7 et 12 ans, 12 et 18 ans ou après 18 ans. Les résultats montrent que le fait d’avoir rapporté une crise lors du décès de la mère ou du père durant l’enfance ou l’adolescence était associé à un risque accru de « démence » (évalué 35 ans plus tard) par rapport au fait de ne pas avoir rapporté de crise ou d’avoir rapporté une crise alors que le personne était âgée de plus de 18 ans. Cet effet subsistait après contrôle de l’âge, du pays de naissance, ainsi que du statut socio-économique et de l’anxiété (évalués en 1963, à savoir durant la période du milieu de la vie). Par ailleurs, les personnes qui avaient ou non rapporté une crise suite au décès de leur père ou de leur mère ne différaient pas quand à leur profil cardio-vasculaire et à la prévalence d’un tabagisme ou d’un diabète (facteurs évalués en 1965).  

Il a également été montré qu’un niveau élevé de neuroticisme (un trait de personnalité caractérisé par l’expérience chronique d’émotions négatives, quel que soit le niveau objectif de menace présenté par une situation) était lié à un fonctionnement cognitif plus faible chez les personnes âgées, un déclin cognitif plus rapide et un risque accru  de vieillissement cérébral/cognitif problématique ou de « démence » (voir Clément & Teissier, 2010).

De plus, Wilson et al. (2011) ont constaté, chez 785 personnes âgées sans « démence », que des niveaux plus élevés dans deux composantes du neuroticisme  (l’anxiété et la vulnérabilité au stress ou le sentiment chronique d’être dépassé et d’être incapable de s’adapter) étaient associés à un risque accru de « maladie d’Alzheimer » et à un déclin plus rapide du fonctionnement cognitif global (voir notre chronique « Le rôle de la vulnérabilité au stress et de l’anxiété dans le développement d’un vieillissement cérébral/cognitif problématique »).

Les relations observées entre la précarité sociale et la « démence » (voir notre chronique « Les liens entre le statut socio-économique et le vieillissement cérébral/cognitif problématique : de nouvelles données ») sont également compatibles, entre autres, avec la conception selon laquelle la pauvreté (dès l’enfance) constitue un facteur puissant de stress et peut conduire à des dysfonctionnements cérébraux via l’influence de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (ou axe de l’hormone du stress) et l’exposition aux glucocorticoïdes. De même, le risque particulièrement accru de problème cognitif observé chez les personnes veuves ou divorcées à la cinquantaine et qui le sont restées jusqu’à l’évaluation cognitive de suivi (voir notre chronique « Le statut marital à la cinquantaine : un autre facteur de risque de vieillissement cérébral/cognitif problématique ») pourrait aussi être la conséquence d’un stress durable induit par le décès ou la séparation, ainsi que des conséquences biologiques de ce stress. Il en va de même pour la relation observée entre le fait d’être le conjoint d’une personne « démente » et le risque de développer une « démence » (voir notre chronique « Le conjoint d’une personne présentant une "démence" a-t-il un risque accru de présenter une "démence" ? »).

Enfin, une interprétation en terme de stress peut également être évoquée pour rendre compte des relations entre dépression et risque de « démence » (voir la chronique « Dépression et risque de vieillissement cérébral/cognitif problématique »).

Dans cette perspective, Russ et al. (2011) ont récemment réexaminé le rôle de la détresse psychologique sur le risque de « démence » auprès d’un important échantillon représentatif de la population vivant à domicile en Angleterre. Les personnes (n=73’071 ; âge moyen : 55.9, ET=14.3, étendue : 35-102 ans) ont été recrutées dans le cadre  de la « Health Survey for England » et les résultats recueillis entre 1994 et 2004 ont été rassemblés. La détresse psychologique a été évaluée durant une visite à domicile au moyen du « 12-item General Health Questionnaire », lequel comprend des items évaluant l’anxiété, la dépression, le dysfonctionnement social et la perte de confiance (un score limite de 4 ou plus a été établi pour identifier la présence de détresse psychologique). La démence a été identifiée à partir du certificat de décès, en se basant sur les critères diagnostiques classiques. Le suivi a été effectué jusqu’au décès ou jusqu’en février 2008. Les facteurs suivants ont été contrôlés : âge, genre, classe sociale (métier), classe sociale (métier des parents), âge auquel la personne a quitté la scolarité à temps plein, tabagisme actuel, consommation d’alcool (unités par semaine), maladie cardiovasculaire actuelle et diabète.

Les résultats montrent une association significative entre une détresse psychologique élevée et un risque accru de « démence » (lors du décès) et cette association subsiste après prise en compte des différents facteurs possiblement confondants. Les résultats indiquent par ailleurs une augmentation progressive du risque de « démence » à mesure de l’accroissement du score de détresse psychologique. De plus, l’association se maintient quand ont été exclues de l’analyse les personnes qui avaient des données manquantes ou les personnes qui sont mortes avec une « démence » endéans une période de 5 ans après l’évaluation de la détresse psychologique (ce qui s’oppose à l’hypothèse de la causalité inverse selon laquelle l’augmentation de la détresse psychologique serait la conséquence du développement de la « démence »). Selon Russ et al., le fait que le lien entre détresse psychologique et risque de démence subsiste après avoir contrôlé l’influence de facteurs de risque cardiovasculaires suggère la présence d’un effet « toxique » de l’hypercortisolémie (liée à une perturbation du fonctionnement de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien ou axe du stress dans la dépression) sur le cerveau. 

De nouvelles données : le rôle du stress au travail  

Ces 30 dernières années, différentes données ont mis en évidence que les professions associées à un faible contrôle sur son travail (une faible autonomie décisionnelle), à des exigences élevées (une surcharge de travail) et à un faible soutien social dans le cadre du travail suscitaient un stress psychologique pouvant conduire à des problèmes de santé (tels que des maladies cardio-vasculaires). Cependant, peu d’études se sont penchées sur la relation entre le stress au travail et la survenue ultérieure d’une « démence ». C’est ce à quoi se sont attelés Andel et al. (2012). 

Partant des quelques données existantes, les auteurs ont fait l’hypothèse qu’un contrôle moindre sur son travail (une moindre autonomie décisionnelle), un soutien social moindre et une pression plus importante au travail seraient associés à un risque plus grand de « démence ». Ils ont par ailleurs pris en compte la complexité du travail, laquelle semble réduire le risque de « démence » en contribuant vraisemblablement à la réserve cognitive via un engagement cognitif plus important (Andel et al., 2005 ; Kroger et al., 2008).  

Les participants étaient membres du « Swedish Twin Registry », un registre reprenant tous les jumeaux résidant en Suède âgés de 65 ans et plus en 1998, année où le recueil de données cognitives (et d’autres), ainsi que l’identification d’une « démence », ont commencé. L’exploration cognitive a tout d’abord été réalisée par téléphone, via le « Telephone Cognitive Screening Protocol ». Ensuite, les personnes identifiées comme étant susceptibles de développer une « démence » ont été convoquées, ainsi que leur jumeau, pour une évaluation diagnostique de la « démence » selon les critères classiques. Au total, 10106 personnes, âgées en moyenne de 72.7 ans (ET=6.2) ont participé à cette étude. Parmi ces personnes, 257 ont reçu un diagnostic de « démence » (167 un diagnostic de « maladie d’Alzheimer » et 46 un diagnostic de « démence vasculaire »).

Les indicateurs de stress au travail (évalués par la « Psychosocial Job Exposure Matrix ») ont été obtenus pour l’emploi principal durant la vie (identifié sur base de la version nordique de l’ « International Standard Classification of Occupations, ISCO ») et ce via les réponses du participant lui-même ou d’une personne proche si le participant ne pouvait répondre. Les exigences du travail concernaient les facteurs liés à la charge de travail (intensité, caractère trépidant, charge extrême). Le contrôle  de la personne sur son travail reflétait l’importance avec laquelle la personne pouvait utiliser son jugement personnel et faire valoir sa capacité de contrôle et de maîtrise de son travail. Le soutien social reflétait l’existence d’interactions sociales (avec les collègues et les supérieurs) apportant une aide ou un appui. La pression au travail était mesurée via le rapport entre les exigences du travail et le contrôle sur son travail.

Une série de co-variables ont également été prises en compte : l’âge au moment de l’évaluation, le genre, le niveau de scolarité, la présence de maladies vasculaires (hypertension, maladie cardiaque, accident vasculaire cérébral), la complexité de l’emploi principal (sur base des scores utilisés et validés dans les années 1970 dans le recensement « 1970 U.S. Census ») et le caractère manuel de la profession (travail d‘ouvrier ou « blue collar », sur base de l’ISCO).

Les résultats des analyses (modèles d’équations d'estimation généralisées ou GEE, avec ajustement pour le groupement en paires de jumeaux) ont montré qu’un moindre contrôle sur son travail et un moindre soutien social étaient indépendamment associés à un risque plus important de « démence » considérée globalement et à un risque plus important de « démence vasculaire ». L’association était plus importante pour le soutien social que pour le contrôle.

Par ailleurs, la pression au travail  (le rapport entre les exigences du travail et le contrôle sur son travail) était reliée à un risque plus important de « démence vasculaire », en particulier quand la pression au travail était combinée à un faible soutien social. Il faut relever que, de manière surprenante, le contrôle du facteur « présence de maladies vasculaires » n’affectait que de façon limitée les résultats.

Les analyses effectuées séparément pour les hommes et les femmes, les personnes avec un métier de haute ou basse complexité, les travailleurs manuels ou non manuels, n’ont pas modifié de façon nette le pattern de résultats. 

De façon intéressante, une analyse complémentaire a montré que l’association entre un métier manuel (un travail d’ouvrier) et le risque de « démence » (association bien établie dans des études précédentes) était expliquée par la pression au travail, ce qui suggère que c’est le stress lié au travail qui rend compte de la contribution du travail manuel au risque de « démence ».

Il faut relever que le facteur « exigences du travail » n’était pas, à lui seul, associé au risque de « démence ». Il se pourrait que l’engagement cognitif impliqué dans certains emplois exigeants (au-delà de ce qui est capté par le facteur « complexité du travail ») ait contribué à cette absence de relation, en compensant au moins partiellement les effets négatifs du stress liés aux emplois hautement exigeants. Il faut néanmoins rappeler que des exigences élevées étaient reliées à la « démence vasculaire » quand elles étaient examinées en conjonction avec un moindre contrôle (ce qui correspond au facteur « pression au travail »). Notons que ce résultat était amplifié quand les analyses ont été limitées aux niveaux de soutien social se situant en dessous de la médiane, ce qui suggère que le soutien social offert par les collègues et les supérieurs puisse amortir les effets négatifs de la pression au travail.

Cette étude comporte quelques limites et en particulier :

* l’exploration de la « démence » à un moment donné, ce qui peut avoir conduit à un facteur confondant lié à une survie différentielle des personnes ;

* l’utilisation de diagnostics de « démence  d’Alzheimer et vasculaire» sans confirmation neuropathologique ;

* le fait que la durée de l’emploi principal n’était pas connue (en sachant néanmoins que, en Suède, dans les années 1980, la mobilité au travail était assez basse).

Néanmoins, cette étude est importante car elle s’ajoute à celles qui ont révélé une association entre le stress et la « démence ». De plus, elle indique en quoi une modification de l’environnement de travail pourrait contribuer à l’optimisation du fonctionnement cognitif des personnes âgées.   

  

 En conclusion

Un grand nombre de données indiquent que le stress psychologique constitue l’un des facteurs de risque importants du vieillissement cérébral/cognitif problématique. Par ailleurs, la contribution du stress psychologique au développement de la « démence » semble intervenir à différentes périodes de vie : enfance, adolescence, milieu de la vie et vieillesse.

Plusieurs interprétations biologiques à cette contribution ont été proposées (voir Tortosa-Martinez & Clow, 2012 ; Rothman & Mattson, 2010) et, notamment, l’effet du stress psychologique sur l’activité de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (avec une augmentation de la production de glucocorticoïdes et son impact délétère sur l’hippocampe), les processus inflammatoires (avec l’augmentation des cytokines pro-inflammatoires), les facteurs neurotrophiques (l’effet négatif du stress sur le facteur neurotrophique dérivé du cerveau ou BDNF), le stress oxydatif, le stress métabolique (le métabolisme de l’énergie des cellules nerveuses), l’homéostasie vasculaire, la régulation de l’insuline, etc. Le stress psychologique est également associé à diverses perturbations plus générales et en lien avec le style de vie, qui ont été reliées à un risque accru de vieillissement cérébral/cognitif problématique comme la perturbation du sommeil, une alimentation déséquilibrée, le tabagisme, la consommation excessive d’alcool, l’isolement social, etc.

Il subsiste néanmoins de nombreuses inconnues, notamment en ce qui concerne les effets spécifiques et interactifs de ces différents facteurs, les mécanismes en jeu dans l’effet du stress à différentes périodes de la vie, les caractéristiques individuelles et contextuelles, ainsi que les réseaux cérébraux qui modulent la perception du stress et la réactivité au stress perçu, les effets (bénéfiques ou délétères) du stress psychologique en fonction de sa nature, sa fréquence et son intensité, les mécanismes psychologiques impliqués dans la relation entre stress et « démence », etc.

Il existe également peu de travaux ayant exploré le caractère dynamique (bi-directionnel) des relations entre stress et « démence ». Le stress semble bien représenter un facteur de risque de vieillissement cérébral/cognitif problématique. Cependant, le vieillissement cérébral/cognitif problématique (dans ses différentes dimensions : cognitive, émotionnelle, relationnelle, sociale, culturelle) peut lui-aussi contribuer à l’augmentation du stress, laquelle peut à son tour moduler l’évolution du vieillissement problématique. Ainsi, par exemple, on peut s’interroger sur l’impact en termes de stress, ponctuel (réaction post-traumatique) et plus continu, de l’annonce d’un diagnostic de « maladie d’Alzheimer » ou de « MCI ». De même, il a été montré que l’entrée dans une structure d’hébergement à long terme conduisait à une accélération du déclin cognitif chez les personnes ayant précédemment reçu un diagnostic de « démence » (voir notre chronique « L’entrée dans une structure d’hébergement à long terme est associée à un déclin cognitif accéléré chez les personnes ayant reçu un diagnostic de maladie d’Alzheimer »): le stress associé à cette transition joue vraisemblablement un rôle important dans l’accroissement du déclin cognitif.

D’autres événements de vie peuvent aussi contribuer à l’accélération du déclin cognitif des personnes présentant une « démence ». Récemment, Furukawa et al. (2012) ont décrit une exacerbation des troubles cognitifs et des problèmes comportementaux chez des personnes ayant reçu un diagnostic de « maladie d’Alzheimer » qui avaient été confrontées directement au tremblement de terre et au tsunami qui se sont produits au Japon en mars 2011 et/ou qui avaient été déplacées dans un site d’évacuation, et ce en comparaison à des personnes qui n’avaient pas vécu directement ces événements.

Pour conclure, il apparaît que le stress psychologique constitue un des facteurs-clé du vieillissement cérébral/cognitif problématique et de son évolution, dont la contribution peut se manifester tout au long de la vie.

Il s’agit par ailleurs d’un axe interprétatif qui ouvre de très nombreuses perspectives de prévention et d’intervention: lutte contre la pauvreté, changement dans les conditions de travail, réduction des facteurs de stress sociaux et environnementaux, interventions psychosociales suite à la survenue d’événements traumatiques, interventions psychosociales dans la dépression, mise en place d’une façon moins traumatique et stigmatisante de concevoir le vieillissement cérébral/cognitif problématique, etc..

Dans cette perspective, Tortosa-Martinez et Clow (2012) suggèrent que les effets bénéfiques de l’activité physique sur le risque et l’évolution de la « démence » découlent de son action sur le système neuroendocrinien du stress (voir également Nation et al., 2011, pour une conception selon laquelle les effets de l’activité physique et du stress sur la « maladie d’Alzheimer » peuvent être appréhendés dans une perspective neurovasculaire). 

Les stratégies de prévention et d’intervention visant le stress psychologique devraient être taillées sur mesure en fonction des facteurs de stress spécifiques à chaque personne et des facteurs contextuels qui modulent sa perception du stress. Ainsi, par exemple, Scott, Jackson et Bergeman (2011) ont montré, via une étude quantitative et qualitative, que le sentiment de stress chez les personnes âgées était sous-tendu par plusieurs facteurs (solitude, tension financière, tensions liées au voisinage, âgisme, certains événements de vie…), mais aussi que la perception du stress induit par ces facteurs était très spécifique à chaque individu et modulée par des facteurs contextuels très différents d’une personne à l’autre, ainsi que par d’autres facteurs idiosyncrasiques.


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Andel, R., Crowe, M., Pedersen, N.L., Mortimer, J., Crimmins, E., Johansson, B., & Gatz, M. (2005). Complexity of work and risk of Alzheimer’s disease: A population-based study of Swedish twins. Journal of Gerontology B: Psychological Sciences and Social Sciences, 60B, 251-258. 

Andel, R., Crowe, M., Hahn, E.A., Mortimer, J.A., Pedersen, N.L., Fratiglioni, L., Johansson, B., & Gatz, M. (2012). Work-related stress may increase the risk of vascular dementia. Journal of the American Geriatrics Society, sous presse.

Clément, J.-P-, & Teissier, M.-P. (2010). Personnalité et risque de démence. Psychologie & Neuropsychiatrie du Vieillissement, 4, 243-254.

Furukawa, K., Ootsuki, M., Kodama, M., & Arai, H. (2012). Exacerbation of dementia after the earthquake and tsunami in Japan. Journal of Neurology, sous presse.

Johansson, L., Guo, X., Waern, M., Ostling, S., Gustafson, D., Bengtsson, C., & Skoog, I. (2010). Midlife psychological stress and risk of dementia: a 35-year longitudinal study. Brain, 133, 2217-224.

Kroger, E., Andel, R., Lindsay, J., Benounissa, Z., Verreault, R., & Laurin, D. (2008). Is complexity of work associated with risk of dementia? American Journal of Epidemiology, 167, 820-880.

Nation, D.A., Hong, S., Jak, A.J., Delano-Wood, L., Mills, P.J., Bondi, M.W., & Dimsdale, J.E. (2011). Stress, exercise, and Alzheimer’s disease: a neurovascular pathway. Medical Hypotheses, 76, 847-854.

Norton, M.C., Smith, K.R., Ostbye, T., Tschanz, J.T., Schwartz, S., Corcoran, Ch., et al. (2011). Early parental death and remarriage of widowed parents as risk factors for Alzheimer Disease: The Cache County Study. American Journal of Geriatric Psychiatry, 19, 814-824.

Ravon-Springer, R., Schnaider Beeri, M., & Goldbourt, U. (2012). Younger age at crisis following parental death in male children and adolescents is associated with higher risk for dementia at older age. Alzheimer’s Disease and Associated Disorders, sous presse.

Russ, T.C., Hamer, M., Stamatakis, E., Starr, J.M., & Batty, G.D. (2011). Psychological distress as a risk factor for dementia death. Archives of Internal Medicine, 171, 1858-1849.

Rothman, S.M., & Mattson, M.P. (2010). Adverse stress, hippocampal networks and Alzheimer’s disease. Molecular Medicine, 12, 56-70.

Scott, S.B., Jackson, B.R., & Bergeman, C.S. (2011). What contributes to perceived stress in later life? A recursive partitioning approach. Psychology and Aging, 26, 830-843.

Tortosa-Martinez, J., & Clow, A. (2012). Does physical activity reduce risk for Alzheimer’s disease through interaction with the stress neuroendocrine system ? Stress, sous presse.

Wilson, R.S., Begeny, Ch.T., Boyle, P.A., Schneider, J.A., & Bennett, D.A. (2011). Vulnerability to stress, anxiety, and development of dementia in old age. American Journal of Geriatric Psychiatry, 19, 327-334.

Yaffe, K., Vittinghoff, E., Lindquist, K., Barnes, D., Covinsky, K.E., Neylan, Th., Kluse, M., & Marmar, Ch. (2010). Posttraumatic stress disorder and risk of dementia among US Veterans. Archives of General Psychiatry, 67, 608-617.

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