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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 04:17

Plusieurs études ont montré que l’utilisation d’antipsychotiques chez les personnes âgées ayant reçu un diagnostic de « démence » était peu efficace et pouvait conduire à des problèmes graves tels que des accidents vasculaires cérébraux, des chutes avec fracture de hanche, des problèmes extrapyramidaux, etc. Et pourtant, le recours à ce type de traitement, en tant que mesure de contrôle «chimique » des difficultés comportementales et psychologiques des personnes ayant reçu le diagnostic de « démence », est encore très élevé (voir notre chronique « La prescription fréquente de médicaments psychotropes aux personnes ayant reçu le diagnostic de démence : une atteinte inacceptable à leurs droits »).

 

L’effet des antipsychotiques (en particulier des antipsychotiques atypiques ou « de deuxième génération ») sur la cognition reste encore peu exploré chez les personnes présentant une « démence ». Néanmoins, une recherche récente, menée dans le cadre de la « Clinical Antipsychotic Trials of Intervention Effectiveness – Alzheimer’s Disease Study (CATIE-AD) », a précisément évalué les effets des  antipsychotiques atypiques sur le fonctionnement cognitif de personnes ayant reçu le diagnostic de « maladie d’Alzheimer » (Vigen et al., 2011).

 

Dans cette étude, 421 personnes avec une « maladie d’Alzheimer » et présentant des hallucinations, des idées délirantes, de l’agitation ou des comportements agressifs ont été aléatoirement réparties (selon une procédure en double aveugle) pour recevoir de la rispéridone (Risperdal®), de la quétiapine (Seroquel®, Ketipinor®), de l’olanzapine (Zyprexa®) ou un placebo. Ces personnes étaient âgées en moyenne de 77.6 ans et vivaient à domicile ou dans une habitation avec assistance. Suivant le jugement de leur clinicien, les patients pouvaient interrompre la médication initialement attribuée et recevoir une autre médication aléatoirement allouée. Ces personnes ont été suivies pendant 36 semaines et les évaluations cognitives ont été obtenues lors de la ligne de base et à 12, 24 et 36 semaines.

 

L’évaluation du fonctionnement cognitif a été réalisée au moyen des tests suivants : MMSE ; la sous-échelle cognitive de l’ « Azheimer’s Disease Assessment Scale (ADAS-Cog) » ; trois sous-échelles supplémentaires de l’ADAS : concentration/distractibilité, barrage de nombres et fonction exécutive (labyrinthe) ; des tests de fluence verbale ; le «  finger tapping test » avec la main dominante et la main non-dominante ; le Trail Making Test (partie A) ; une mesure de mémoire de travail déterminée par la différence entre la performance après 10 sec. et la performance immédiate à une tâche de mémoire de travail visuo-spatiale. En outre, un score cognitif global a été établi à partir des performances aux différents tests décrits précédemment. Enfin, une mesure du changement dans le statut mental de la personne depuis la ligne de base a été recueillie au moyen de la « Clinical Global Impression of Change (CGIC) », une échelle de changement en 7 niveaux remplie par le clinicien (1=très forte amélioration ; 7= très forte aggravation). Un facteur de dysfonctionnement cognitif a également été obtenu par le médecin à partir des items de désorganisation conceptuelle et de désorientation de la « Brief Psychiatry Rating Scale (BPRS) ».

 

Globalement, les personnes ont montré un déclin régulier dans la plupart des domaines cognitifs, et notamment au MMSE (- 2.4 points après les 36 semaines) et à l’ADAS-Cog (- 4.4 points). Cependant, le fonctionnement cognitif a davantage décliné, et de façon cliniquement significative, chez les personnes ayant reçu un antipsychotique par rapport à celles ayant reçu le placebo, et ce dans plusieurs mesures cognitives, notamment le MMSE, les items cognitifs de la BPRS et le score global résumant les performances aux différents tests cognitifs. Des différences significatives ont également été observées dans le déclin cognitif à certains tests individuels, mais pas à d’autres.

Il se pourrait d’ailleurs que l’ampleur du déclin cognitif observé chez les personnes ayant reçu un antipsychotique soit encore plus importante que celle qui a été mise en évidence, dans la mesure où moins de tests ont pu être administrés durant les sessions d’évaluation cognitive les plus tardives, du fait de l’incapacité de certaines personnes à réaliser les tâches ou de leur sortie de l’étude. Il faut relever que les données correspondant aux jours de testing où les proches ont rapporté une sédation chez les personnes âgées ont été exclues de l’analyse.

 

Cette étude ne permet pas de déterminer si les antipsychotiques accélèrent le déclin cognitif de façon permanente ou seulement durant leur administration aiguë. Par ailleurs, il reste à examiner si les effets délétères des antipsychotiques sont équivalents selon les domaines cognitifs, et ce en adoptant des évaluations cognitives plus sensibles. Enfin, la taille relativement réduite de l’échantillon n’a pas permis d’évaluer les différences entre les trois antipsychotiques.

 

En conclusion, il apparaît qu’une aggravation des déficits cognitifs constitue un risque supplémentaire (en plus des risques physiques) associé à un traitement par antipsychotiques atypiques chez les personnes ayant reçu un diagnostic de « maladie d’Alzheimer ». Outre le fait que ce type de traitement est peu efficace pour les problèmes comportementaux et les distorsions de la réalité des personnes présentant une « démence », son effet négatif sur le fonctionnement cognitif rend encore plus indispensable la mise en place, chez ces personnes, d’interventions non pharmacologiques (psychologiques et sociales). 

 

Comme nous l’avons indiqué dans notre chronique « Pour une approche multifactorielle et en continuum des problèmes psychoaffectifs et comportementaux chez les personnes âgées », ces interventions devraient s’inscrire dans une approche prenant en compte le caractère multifactoriel ainsi que l’hétérogénéité des problèmes comportementaux et psychoaffectifs des personnes âgées. Il faut rappeler, une fois de plus de plus, que les interventions psychologiques et sociales devraient être taillées sur mesure en fonction des caractéristiques spécifiques de chaque personne (voir notre chronique « Quelles interventions psychologiques dans le vieillissement cérébral/cognitif problématique ? »).

 

antipsychotics.jpg

 

Vigen, Ch. L.P., Mack, W.J., Keefe, R.S.E., Sano, M., Sultzer, D.L., Stroup, S.T et al. (2011). Cognitive effects of atypical antipsychotic medications in patients with Alzheimer’s disease: Outcome from CATIE-AD. American Journal of Psychiatry, sous presse (doi: 10.1176/appi.ajp.2011.08121844).   

 

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Prévention
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