Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

Rechercher Dans Le Blog

Pour nous contacter

Pour nous contacter, vous pouvez nous écrire à :

contact@mythe-alzheimer.org

30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 23:42

Les voyages forment la jeunesse...  et aussi la vieillesse 

 

Le déclin affectant le statut fonctionnel des personnes âgées est habituellement évalué au moyen d’outils qui explorent des habiletés spécifiques dans la vie quotidienne (telles que prendre un bain ou téléphoner) ou des capacités physiques (comme la marche). Comme l’indiquent Boyle et al. (2010), ce type d’évaluation ne capte pas réellement le répertoire comportemental complexe qu’exige le maintien de l’indépendance et du bien-être dans l’environnement complexe et dynamique dans lequel nous vivons.

 

Certains chercheurs ont suggéré que l’évaluation de l’espace de vie (l’étendue des déplacements dans l’environnement quotidien) puisse constituer une approche complémentaire. L’espace de vie est un concept multidimensionnel, qui fait appel à des facteurs physiques, motivationnels, psychologiques et sociaux pour rendre compte de notre capacité à nous déplacer et à interagir dans le monde réel. Diverses études transversales et une étude longitudinale (menée auprès de femmes handicapées) ont montré qu’un espace de vie restreint était relié à diverses conséquences négatives sur la santé.

 

Dans la même perspective, Boyle et al. (2010) ont examiné auprès de 1’445 personnes âgées, initialement sans « démence » et non handicapées, dans quelle mesure un espace de vie limité était relié à un risque plus important de mortalité. Les personnes âgées étaient âgées de 78.5 ans en moyenne au début de l’étude et étaient recrutées au sein de structures d’habitations spécialement conçues pour personnes âgées retraitées (avec des lieux communs de « socialisation » et des installations telles que piscine, cabinet médical, club-house, etc.), Elles  étaient suivies pendant une période allant jusqu’à 8 ans. Des évaluations cliniques annuelles étaient réalisées, incluant une histoire médicale, un examen neurologique et une évaluation du fonctionnement cognitif.

 

L’évaluation de l’espace de vie était menée au moyen d’une version modifiée du « Life Space Questionnaire », une mesure auto-rapportée de l’étendue des mouvements dans des zones spécifiées de l’environnement. Chaque zone représentait un élargissement concentrique de l’espace de vie, allant de la chambre à coucher au porche, à l’emplacement de parking ou au jardin, au quartier, à l’extérieur du quartier et à l’extérieur de la ville. On demandait aux participants s’ils avaient été dans chacune de ces zones la semaine précédente. Le score d’espace de vie était le nombre de réponses affirmatives (les deux zones les plus limitées ayant été combinées).

 

Différents facteurs pouvant influer sur l’espace de vie étaient évalués : les handicaps dans les activités de la vie quotidienne (ADL et IADL), la marche, l’activité physique, les symptômes dépressifs, la taille du réseau social, l’indice de masse corporelle, des antécédents de 7 problèmes médicaux (diabète, maladie cardiaque, hypertension, problème de thyroïde, cancer, traumatisme crânien, accident vasculaire cérébral). Etaient également pris en compte l’âge, le genre, le nombre d’années d’étude et l’appartenance ethnique.

 

Les résultats montrent que, durant le suivi allant jusqu’à 8 ans, 22.8% des personnes sont décédées. Après ajustement pour l’âge, le niveau scolaire, le genre et l’appartenance ethnique, il apparaît que les personnes avec un espace de vie limité (à un environnement jouxtant leur domicile) ont  une probabilité de mourir augmentée d’environ 1.6 fois par rapport aux personnes dont l’espace de vie inclut des voyages en dehors de la ville. Cette association se maintient après avoir contrôlé l’influence de l’activité physique, les handicaps dans les activités de la vie quotidienne, les symptômes dépressifs, le réseau social, l’indice de masse corporelle et le nombre de problèmes médicaux chroniques. Elle est également présente quand ont été exclues les personnes qui sont décédées dans les premières années du suivi.

 

L’étude de Boyle et al. confirme donc que l’espace de vie permet d’appréhender des aspects du statut fonctionnel qui ne sont pas pris en compte par les mesures traditionnelles.

Ces résultats doivent être reproduits sur un échantillon plus diversifié de personnes âgées. Il s’agit aussi d’examiner la nature de cette relation entre espace de vie et mortalité.

 

L’espace de vie pourrait ainsi renvoyer à des facteurs psychosociaux, des dimensions de personnalité, des capacités d’adaptation ou de flexibilité qui rendent les personnes âgées plus ou moins aptes à rencontrer les défis du vieillissement et de la vie actuelle et qui sont en lien avec la santé et la mortalité. Par ailleurs, accéder à un espace de vie plus large pourrait aussi contribuer à un fonctionnement plus efficace de certains systèmes physiologiques. Enfin, élément qui est absent dans le travail de Boyle et al.,  il s’avérerait essentiel d’examiner dans quelle mesure l’espace de vie constitue un médiateur ou un modérateur du vieillissement cérébral/cognitif problématique.espace-vie-copie-1.jpg             

Boyle, P.A., Buchman, A.S., Barnes, L.L., James, B.D., & Bennett, D.A. (2010). Association between life space and risk of mortality in advanced age. Journal of the American Geriatrics Society, à paraître (DOI: 10.1111/j.1532-5415.2010.03058.x)

Partager cet article

Repost 0
Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Prévention
commenter cet article

commentaires