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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 23:18

De nombreux facteurs sociaux ont été associés au fonctionnement cognitif des personnes âgées. Cependant, le plus souvent, les recherches ont envisagé les facteurs sociaux de façon isolée, ce qui ne permet pas d’aborder de façon globale la complexité des situations sociales des personnes âgées.

Dans ce contexte, deux études récentes (Lee et al., 2010 ; Andrews & Lockwood, 2010) ont examiné dans quelle mesure respectivement le statut socio-économique des personnes âgées (évalué par un score combinant plusieurs dimensions) et la vulnérabilité sociale (définie par un indice fondé sur de nombreux facteurs sociaux) étaient associés à un fonctionnement cognitif faible ou à un déclin cognitif.

L’étude de Lee et al. (2010)

Les auteurs ont exploré, en Corée, un échantillon représentatif de 4’155 personnes âgées de 65 ans et plus, issues de la communauté. Le fonctionnement cognitif des participants a été évalué au moyen d’une version coréenne du Mini-Mental State Examination (un fonctionnement cognitif « déficitaire » étant défini par un score inférieur de plus de deux écart-type par rapport à la moyenne du groupe de référence). Par ailleurs, le risque socio-économique a été déterminé en élaborant un score (de 1 à 4) additionnant le nombre de risques socio-économiques relatifs aux quatre dimensions évaluées : le niveau d’éducation (le niveau scolaire atteint), le revenu (le revenu du ménage en prenant en compte la taille du ménage), la richesse (capital moins dettes) et le métier (actuel ou récent ). Le risque socio-économique était défini comme le niveau le plus bas dans l’échelle des niveaux établie pour chaque dimension évaluée : le niveau d’éducation (niveau le plus bas : niveau élémentaire), le revenu (niveau le plus bas : quartile inférieur), la richesse (niveau le plus bas : quartile inférieur) et le métier (niveau le plus bas : sans emploi). Il faut relever que la prévalence de risques socio-économiques était nettement plus élevée chez les femmes que chez les hommes. 

Après avoir contrôlé l’influence de l’âge, du statut marital, de la consommation de tabac et d’alcool, de l’activité physique, de la dépression et de plusieurs facteurs de santé (hypertension, diabète, maladies cardiaques), les résultats ont montré que le score combiné de risques socio-économiques était significativement associé à un fonctionnement cognitif « déficitaire ».

Par ailleurs, un gradient de risques socio-économiques a été mis en évidence : en effet, en comparaison avec ceux des personnes sans risque socio-économique, les risques relatifs approchés (« odd ratios ») étaient chez les hommes de 1.3 (1 risque), 2.4 (2 risques), 3.4 (3 risques) et 7.7 (4 risques) et chez les femmes de 1.7 (1 risque), 2.8 (2 risques), 3.5 (3 risques) et 5,4 (4 risques).

En ce qui concerne les facteurs de risque socio-économiques individuels, le revenu et la profession étaient significativement associés au fonctionnement cognitif « déficitaire » chez les hommes, alors que les quatre facteurs de risque étaient indépendamment associés au fonctionnement cognitif « déficitaire » chez les femmes. 

L’étude de Andrews & Rockwood (2010)

Les auteurs ont suivi, pendant une période de 5 ans, 2’468 personnes canadiennes, âgées de 70 ans et plus, et issues de la communauté. Ils ont utilisé un indice de vulnérabilité sociale incorporant 40 variables sociales (relatives aux domaines suivants : statut socio-économique, capacités langagières, situation de vie, soutien social, engagement dans des activités de loisirs et maîtrise des relations sociales). Pour chacune des 40 variables, un score de 1 ou de 0 était établi selon qu’il y avait ou non un problème relatif à la variable en question. Pour certaines analyses, les scores ont été scindés afin d’établir les catégories suivantes : vulnérabilité sociale élevée, intermédiaire et basse.

Le fonctionnement cognitif était évalué au moyen du Modified Mini-Mental Examination (3MS ; Teng & Chui, 1987), lequel apprécie différents aspects du fonctionnement cognitif (mémoire, fonctions exécutives, attention, langage, orientation) et permet d’établir un score allant de 0 à 100. Le déclin cognitif était défini par une diminution de 5 points et plus au 3MS, diminution considérée par Andrew et Rockwood (2008) comme cliniquement significative, sur base d’une analyse de tailles d’effet et d’autres types de critères.

Le score moyen de vulnérabilité sociale lors de l’évaluation initiale était de 9.9 problèmes (sur 40). Le score médian au 3MS était quant à lui de 88 et le score médian de changement cognitif au 3MS à 5 ans était de -1.  Par ailleurs, 743 des personnes âgées (30%) montraient un déclin égal ou supérieur à 5 au 3MS.

Après avoir contrôlé l’influence de l’âge, du genre, de la fragilité physique et fonctionnelle (évaluée par un indice conçu de manière similaire à celui mesurant la vulnérabilité sociale) et du score au 3MS lors de l’évaluation initiale, les analyses montrent que chaque problème social supplémentaire est associé à un risque accru de 3 % de déclin cognitif.

De plus, les personnes avec une vulnérabilité sociale élevée ont un risque accru de 36% de présenter un déclin cognitif, par comparaison aux personnes ayant une vulnérabilité sociale basse.

Enfin, des analyses statistiques particulières (de reconstruction de l’indice de vulnérabilité sociale en laissant chaque fois de côté une des 40 variables) ont montré que l’association entre le déclin cognitif et l’indice de vulnérabilité sociale n’était pas due à l’inclusion de l’un ou l’autre item spécifique. Quand ces analyses ont été réalisées, non plus sur base des items spécifiques, mais en fonction des domaines de vulnérabilité sociale (statut socio-économique, capacités langagières, situation de vie, soutien social, engagement dans des activités de loisirs et maîtrise des relations sociales), il est apparu que les domaines « statut socio-économique » et « engagement dans des activités de loisirs » n’étaient plus significativement associés au déclin cognitif quand l’influence de la fragilité physique et fonctionnelle était contrôlée: ces résultats indiquent donc l’existence d’une confusion entre ces deux domaines sociaux et la fragilité.

En conclusion

Ces deux études ne sont pas exemptes de limites, notamment en ce qui concerne l’évaluation non optimale du fonctionnement cognitif dans les deux études, un design transversal dans l’étude de Lee et al. et un relatif flou conceptuel concernant les domaines de vulnérabilité sociale évalués dans l’étude Andrews et Rockwood. Plus fondamentalement, il manque à ces deux recherches un cadre théorique clair qui permettrait de déterminer des facettes sociales plus précises, de faire des hypothèses quant à leur contribution spécifique au vieillissement cérébral/cognitif problématique et d’envisager les relations qu’entretiennent les différentes variables sociales et d’autres variables (comme, par exemple, la fragilité physique et fonctionnelle), ainsi que la nature de ces relations. 

En dépit de ces limites, les résultats de ces recherches constituent un encouragement clair à explorer plus avant la contribution des variables sociales (dans toute leur complexité) au vieillissement cérébral/cognitif. Les données existantes suggèrent dès à présent que viser à l’optimisation du vieillissement cérébral/cognitif implique aussi de lutter contre les inégalités sociales.

Soutenir une autre manière d’aborder le vieillissement cérébral/cognitif, c’est aussi s’engager pour un autre type de société !

 

alteragisme.jpg 

Andrew, M.K. & Rockwood, K. (2010). Social vulnerability predicts cognitive decline in a prospective cohort of older Canadians. Alzheimer’s & Dementia, 6, 319-325.

Andrew, M.K. & Rockwood, K.A. (2008). 5 point change in Modified Mini Mental State Examination was clinically meaningful in community-dwelling elderly people. Journal of Clinical Epidemiology, 61, 827-831.

Lee, Y., Back, J.H., Kim, J., & Byeon, H. (2010). Multiple socioeconomic risks and cognitive impairment in older adults. Dementia and Geriatric Cognitive Disorders, 29, 523-529.

Teng, E.L., & Chui, H.C. (1987). The modified mini-mental state (3MS) examination. Journal of Clinical Psychiatry, 48, 314-318.

 

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Interventions psychologiques et sociales
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viviM 06/08/2010 14:09



Cet article renvoit bien à la notion de "processus de production du handicap" et de "compensation de handicap".


En effet, on sait bien maintenant que l'environnement joue un rôle important d'obstacle ou de facilitateur pour les personnes présentant des difficultés cognitives.


Si la société était plus adaptée, les personnes se retrouveraient moins en situation de handicap.


Comment être autonome quand les différentes démarches sont si compliquées?


Cela me renvoit à un exemple que donne M. Gohet (délégué interministériel aux personnes handicapées):


Etre seul dans une grande gare parisienne, à devoir repérer ses horaires, sont trajet, le bon quai, éditer son billet de train face à une machine automatique, sont autant de situations difficiles
pour une personne présentant des troubles cognitifs.


Situations que l'on peut "compenser" en proposant un guichet avec une personne qui peut faire cela à votre place.


Il est vraiment important de penser à cette notion d'accessibilité (cognitive aussi) de notre société.


Sachant que ce guichet pourra ensuite très bien servir à une personne illétrée, une personne présentant des troubles psychiques, mais également à une personne présentant des troubles visuels, une
personne étrangère, ...