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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 15:57

Il n’existe pas actuellement d’éléments scientifiquement fondés permettant de conclure à l’efficacité de médicaments visant à ralentir ou différer les difficultés cognitives dans la vie quotidienne liées au vieillissement cérébral (voir notre chronique « Pour une autre manière d’aborder les effets de la prévention sur le vieillissement cérébral » concernant le rapport des experts mandaté par le National Institutes of Health, NIH).

 

Et cependant, le médicament est encore trop souvent la seule proposition concrète qui est adressée aux personnes qui ont reçu le diagnostic de la soi-disant «maladie d'Alzheimer». En outre, cette proposition est généralement faite sans que les personnes n’aient été correctement informées des mérites réels de la substance et de ses possibles effets secondaires et sans qu’on leur ait décrit (ainsi qu’à leurs proches) l’ensemble des démarches psychologiques et sociales qui pourraient leur permettre de réduire les manifestations problématiques de leur vieillissement cérébral, tout en restant partie prenante dans la société et en conservant un sens à leur vie. En d’autres termes, on n’offre pas réellement à la personne âgée (et à ses proches) la possibilité de choisir la place qu’elle souhaite laisser au médicament, après avoir reçu une information correcte. Cette situation n’est pas spécifique au vieillissement cérébral et s’observe également dans d’autres types de difficultés psychologiques, comme par exemple dans la dépression (voir notre chronique « L’efficacité des antidépresseurs : Un autre mythe à démonter ! »).

 

Il est intéressant de relever que les publicités pour les médicaments « psychiatriques », présentées dans les journaux médicaux, contribuent à perpétuer la conception du médecin qui sait et du « patient » qui reçoit passivement, ainsi qu’à renforcer la stigmatisation et la pathologisation des personnes.

 

Ainsi, dans une recherche récente, Foster (2010) a analysé quantitativement et qualitativement les publicités concernant les médicaments psychiatriques et non-psychiatriques parues dans deux journaux médicaux (le British Medical Journal et le British Journal of Psychiatry) entre octobre 2005 et septembre 2006. L’auteure s’est tout particulièrement focalisée sur les textes et les images utilisés dans ces publicités. Parmi les 96 publicités différentes retenues, les plus fréquentes en rapport avec les médicaments psychiatriques concernaient les états psychotiques, la dépression, la « maladie d’Alzheimer » et le THADA (Troubles Hyperactifs avec Déficit d’Attention) et les plus fréquentes en lien avec les médicaments non-psychiatriques concernaient la douleur, le cœur et les maladies des poumons.

 

Les résultats montrent que les publicités pour les médicaments psychiatriques contiennent significativement moins de texte, d’informations spécifiques sur le médicament et ses effets (y compris secondaires) et de résultats d’études, et plus de contenu narratif décrivant des éléments de souffrance psychologique ou de perturbation, que les publicités concernant les médicaments non-psychiatriques. En outre, les images utilisées dans les publicités pour les médicaments psychiatriques sont plus négatives et décrivent plus les personnes dans des situations de perturbation, de déviance et de passivité  (et moins dans des situations de la vie quotidienne). Enfin, les textes utilisés dans les publicités pour les médicaments psychiatriques communiquent plus souvent un sentiment de passivité de la part du « patient » et un sentiment de supériorité de la part du lecteur, qui connaît la vérité, alors que le « patient » n’est pas conscient de ses difficultés.

 

Ces différentes caractéristiques participent indéniablement à la stigmatisation des personnes présentant des difficultés psychologiques (y compris des personnes âgées ayant des problèmes cognitifs) en mettant l’accent sur l’étrangeté et la déviance. Elles contribuent également à influencer la manière avec laquelle le traitement est perçu par les médecins, en induisant l’idée que les personnes qui s’adressent à eux sont uniquement aptes à recevoir passivement un traitement et sont incapables d’engager une relation vraie avec les professionnels de la santé, qui leur permettrait de comprendre les différentes implications d’un traitement, d’exprimer leurs souhaits et de choisir ce qui leur paraît le plus pertinent.           

 

depression

 

Foster, J.L.H. (2010). Perpetuating stigma ? Differences between advertisements for psychiatric and non-psychiatric medications in two professional journals. Journal of Mental Health, 19, 26-33.

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Lutte contre la stigmatisation
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