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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 20:07

Les difficultés psychologiques manifestées par les personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique (une « démence ») peuvent concerner différents domaines du fonctionnement psychologique (cognitif, émotionnel, relationnel, motivationnel). Par ailleurs, la nature de ces difficultés, ainsi d’ailleurs que les mécanismes qui en sont responsables, peuvent considérablement varier d’une personne à l’autre.

 

Il s’ensuit que les interventions psychologiques proposées à ces personnes doivent être taillées sur mesure en fonction de leurs difficultés spécifiques. Selon nous, aucun programme d’intervention « clé sur porte », issu de tel ou tel courant, ne peut se prévaloir de répondre aux différents objectifs d’une approche psychologique des difficultés d’une personne âgée. Il s’agit au contraire d’adopter une approche individualisée, visant des buts spécifiques dans la vie quotidienne de la personne et fondée sur différents types de concepts et d’interventions: cette approche devrait donc être multiple, intégrée et empiriquement fondée (voir nos chroniques « Pour une approche multiple, intégrée et empiriquement fondée des interventions psychologiques » et « L’efficacité clinique de la revalidation cognitive individualisée chez des personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique »).

 

Cette approche « à coups de projecteur multiples et complémentaires » et « centrée sur la personne » nécessite de s’affranchir d’une formation en psychologie clinique articulée autour d’une école de pensée ou focalisée sur un domaine particulier du fonctionnement psychologique. Il s’agit au contraire de mettre en place une formation permettant aux psychologues cliniciens d’élaborer une interprétation psychologique des difficultés d’une personne, et un projet d’intervention, qui prennent en compte les différents mécanismes psychologiques impliqués. En d’autres termes, les psychologues devraient être capables d’identifier en quoi les facteurs biologiques (notamment neurobiologiques), les facteurs sociaux et les événements de vie conduisent à des difficultés psychologiques via leurs effets (conjoints et en interaction) sur différents processus psychologiques (cognitifs, affectifs, relationnels, motivationnels, en lien avec l’identité), dans leurs composantes plus ou moins conscientes. Cette interprétation psychologique, élaborée à partir de cadres conceptuels empiriquement fondés, devrait permettre d’appréhender la personne dans sa globalité et dans son individualité, et ce via une combinaison de méthodes d’évaluation quantitatives et qualitatives, tout en y intégrant la composante d’intersubjectivité (de partage d’allusions, de sensations, de métaphores, etc., issues des interprétations et biais subjectifs de chacune des personnes impliquées dans l’évaluation). 

 

Ce type de formation en psychologie clinique est encore malheureusement très minoritaire, en particulier dans les pays francophones. Son développement nécessitera de vaincre les dogmatismes, les oppositions simplificatrices entre écoles, ainsi que les résistances en lien avec les pouvoirs d’influence et les enjeux économiques. Une telle formation nous paraît cependant indispensable si l’on souhaite donner toute sa légitimité à la psychologie clinique, dans la richesse de ses développements actuels, et si l’on veut s’opposer à la neurobiologisation et à la médicalisation des difficultés psychologiques (voir notre chronique « Quand les psychologues états-uniens s’insurgent contre la médicalisation du vieillissement et de ses manifestations psychologiques »).


La nécessité d'une approche multiple et intégrée de l'intervention psychologique peut être illustrée dans différents domaines de la vie quotidienne des personnes âgées présentant une "démence". Ainsi, dans une chronique précédente (« L’importance des repas pour les personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique et résidant dans une structure d’hébergement à long terme »), nous avons montré en quoi la compréhension des difficultés rencontrées dans les repas par les personnes présentant un vieillissement cérébral/problématique (une « démence ») et vivant dans une structure d’hébergement à long terme nécessitait la prise en compte de multiples facteurs : l’histoire antérieure des personnes en lien avec les repas (les facteurs sociaux, culturels et éducatifs ayant conduit à des rituels, des préférences, des attentes saisonnières, etc.) ; les caractéristiques du repas dans la structure d’hébergement (les composantes du repas, le rythme quotidien, la plus ou moins grande possibilité de manifester ses préférences) ; les interactions entre la personne, les autres résidants et les soignants ; l’environnement du repas (le niveau de bruit, les interférences, le décor visuel et sonore, la taille et le caractère plus ou moins familial de la salle à manger, le choix des places) ; les difficultés cognitives, socio-affectives, motivationnelles et sensori-motrices pouvant affecter la compréhension de la situation de repas, l’adéquation des comportements, l’autonomie dans les repas et l’ingestion de nourriture, etc.

 

Ainsi, les interventions destinées à faciliter la prise de nourriture des personnes âgées, à optimiser leur bien-être et leur autonomie dans les repas, à leur permettre de profiter au maximum de ce moment privilégié (au plan des expériences sensorielles, des interactions sociales et des échanges émotionnels) devraient « se nourrir » de différentes approches visant les dimensions cognitives, émotionnelles, sensori-motrices, interpersonnelles, environnementales et socioculturelles de la situation de repas, et ce en y intégrant la dimension symbolique (p. ex., en lien avec les figures d’attachement).

 

Dans cette perspective d'interventions complémentaires et adaptées à chaque personne, une place doit être accordée à la thérapie comportementale (« behavior therapy »), laquelle aborde les aspects problématiques du vieillissement cérébral/cognitif en mettant tout particulièrement l’accent sur les facteurs environnementaux (sociaux et physiques) qui contribuent au développement et au maintien de certains comportements (et ce, en se fondant sur les lois de l’apprentissage et de la motivation). Le numéro spécial récent de la revue « Behavior Therapy » (Geriatric Behavior Therapy : The challenges of a changing environnement ; 2011, volume 42, numéro 1-2) atteste de la vitalité et de la pertinence de ce « coup de projecteur » dans le domaine du vieillissement. Nous reviendrons dans de futures chroniques sur certains des articles publiés dans ce numéro spécial. 


repasems.jpg©VIVA 2010 

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Interventions psychologiques et sociales
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