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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 20:05

Une conception du vieillissement cérébral qui assume la complexité et la diversité des facteurs en jeu et qui réintègre les manifestations problématiques dans le contexte plus large du vieillissement plutôt que de les attribuer à des soi-disant maladies ayant des causes uniques conduit naturellement à un rééquilibrage de la prise en charge, en faveur de la prévention ainsi que des approches psychologiques et sociales.


La prévention, visant à différer ou réduire les expressions problématiques du vieillissement cérébral, doit se concevoir sur différents plans: activité physique, défis intellectuels, engagement social, nutrition équilibrée, réduction des stéréotypes et de la stigmatisation, etc. Il s’agit d’exploiter les connaissances accumulées en psychologie appliquée et en psychologie sociale sur les conditions permettant l’application effective et continue de ces mesures préventives par les personnes âgées et sur les interventions à même de modifier les stéréotypes et l’ « âgisme ». Enfin, des actions doivent aussi être menées à un niveau social et politique  (dans différents domaines : environnements de vie, structures sociales, politique sociale et de la santé), afin de favoriser l’engagement social des personnes âgées, les relations interpersonnelles et en particulier intergénérationnelles, l’accès pour tous aux mesures de prévention et aux moyens d’aide, la réduction de l’isolement et de la pauvreté, etc. 


Accepter le fait que le vieillissement s’accompagne inévitablement de difficultés cognitives ou autres (des « défis liés à l’âge »), parfois importantes, c’est également pouvoir proposer des interventions psychologiques plus individuelles, exploitant les capacités préservées et visant à optimiser la qualité de vie, la réalisation des activités quotidiennes, la gestion du stress, la qualité du sommeil, l’estime de soi, le sentiment de continuité personnelle, etc.


Il s’agit aussi de concevoir des environnements de vie (y compris pour les personnes les plus dépendantes) qui non seulement maximisent les relations sociales et les connexions avec la société, mais qui permettent également de susciter, respecter et prendre en compte le point de vue et les besoins spécifiques (y compris spirituels) de la personne et d’accroître son bien-être et son autonomie, via des démarches et des adaptations environnementales individualisées. Il importe également de limiter au maximum l’utilisation de médicaments visant à réduire les comportements « perturbateurs » (agitation, agressivité, etc.) et de tenter plutôt de comprendre et d’agir sur les facteurs (personnels, interpersonnels et environnementaux) qui sont à l’origine de ces comportements. Comme l’indique Cohen-Mansfield (2005), « Même s’il existait une « pilule magique » qui arrêterait immédiatement le comportement d’agitation et qui n’aurait pas d’effet secondaire, nous ne devrions pas l’administrer. Pourquoi ? Car faire cela, c’est continuer à ignorer les besoins non satisfaits de la personne et la priver de son bien-être. » Jiska Cohen-Mansfield a d’ailleurs élaboré et évalué l’efficacité de nombreuses stratégies d’intervention non médicamenteuses face aux comportements d’agitation, d’agressivité, d’hallucinations et d’idées délirantes, etc. auprès de personnes âgées présentant une «  démence ». Nous reviendrons sur ces travaux dans une chronique future. 


Dans un livre récent (malheureusement non traduit en français), G. Allen Power, médecin gériatre ayant travaillé ces 18 dernières années dans des structures de soin et de réhabilitation (de long séjour) pour personnes âgées, décrit de façon détaillée et très pratique comment changer la culture de la prise en charge des personnes présentant des troubles cognitifs importants (étiquetés sous le terme de « démence »). De façon générale, il montre en quoi le modèle biomédical qui conçoit la démence comme un état progressif, irréversible, aux conséquences tragiques et qui se focalise sur le traitement médicamenteux et la protection de la personne dans des environnements de vie spécifiquement dédiés à la « maladie » devrait être remplacé par un modèle qui considère la « démence » comme une expérience de vie, qui amène des changements dans la perception que la personne a du monde, durant laquelle des apprentissages sont possibles, où il existe un potentiel de développement personnel et où il s’agit de maintenir le bien-être et l’autonomie via des soins et un environnement individualisés ainsi que des partenaires de soi (plutôt que des soignants).


Power indique également en quoi l’important est de vieillir dans la communauté, de reconnaître non seulement la réalité de notre interdépendance mais aussi de prendre en compte l’importance du « capital social », c’est-à-dire de l’engagement social et des liens avec la société.


De ce point de vue, il ne s’agit pas nécessairement de privilégier le maintien à la maison, car le domicile, tout comme certaines structures institutionnelles, peut constituer un environnement qui isole, qui prive la personne d’activités sociales, qui accroît son anxiété faute de réponse adéquate et continue, conduisant ainsi à l’administration de sédatifs. En fait, différentes options s’offrent à nous : changer l’environnement du domicile, changer l’environnement de l’institution ou créer un nouvel environnement de vie qui combine les avantages des deux précédents.


Cohen-Mansfield, J. (2005). Current research in cure and care for agitation. Communication présentée à la Alzheimer’s Australia National Conference, mai 2005 (repris dans Power, 2010).

Power, A.G. (2010). Dementia beyond drugs. Changing the culture of care. Baltimore: Health Professions Press. 


Ce texte a été mis en ligne le 23 avril 2010, jour du premier anniversaire de l'Association VIVA. Cette association a été fondée pour mettre en pratique, à l'échelle d'une communauté locale (Lancy/Suisse), des initiatives de valorisation et d'intégration des aînés, y compris des personnes âgées les plus dépendantes.

www.association-viva.org

 

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Prévention
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