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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 23:43

Des anomalies ophtalmologiques ont fréquemment été décrites chez des personnes présentent un vieillissement cérébral problématique (une « démence »). Par contre, on connaît mal l’influence d’une vision défectueuse et non traitée sur le fonctionnement cognitif des personnes âgées.

 

Une étude rétrospective et en cohorte menée par Rogers et Langa (2010) a examiné les données issues du suivi de 625 personnes âgées de 85 ans et plus et ne présentant pas de « démence » lors de l’évaluation initiale. La vision des participants a été évaluée au début du suivi (sur une échelle à 6 niveaux : excellente, très bonne, bonne, passable, mauvaise, aveugle) et la réalisation d’une d’opération de l’œil (du type implant cornéen, cataracte, détachement rétinien, etc,) a également été identifiée. Les personnes portant des lunettes ont été évaluées avec leurs lunettes. L’influence possible des facteurs suivants a été contrôlée : âge, genre, ethnicité, éducation, nombre d’allèles E4 du gène de l’apolipoprotéine E (ApoE), traumatisme crânien antérieur, diabète, accident vasculaire, hypertension et maladie cardiaque.  

 

La présence d’une mauvaise vision est significativement associée au risque de développer une démence. Seulement 9.7% des personnes ayant développé une « démence » avaient une vision excellente lors de l’évaluation initiale alors que 30.7% des personnes ayant conservé un bon fonctionnement cognitif avaient une excellente vision. Le risque de « démence » augmentait de 52% à chaque accroissement d’une unité de l’échelle d’évaluation de la vision (de excellent à aveugle). Les personnes ayant une vision excellente ou très bonne lors de l’évaluation initiale ont présenté un risque réduit de 63% de développer ultérieurement une « démence », sur une période moyenne de suivi de 8.5 ans. Les participants avec une vision plus mauvaise (les évaluations « bonne, passable, mauvaise et aveugle ») et qui n’ont pas consulté un ophtalmologiste avaient un risque accru de 9 fois et demie de développer une « maladie d’Alzheimer » et un risque augmenté de 5 fois de recevoir le diagnostic de troubles cognitifs sans « démence ». De plus, une mauvaise vision sans opération oculaire antérieure augmentait le risque de « maladie d’Alzheimer » de 5 fois. Il faut enfin relever qu’il n’existait pas de différences entre les statuts cognitifs dans l’utilisation de lunettes ou de lentilles de contact lors de l’évaluation initiale, alors que, comme nous l’avons vu, des différences nettes de vision étaient observées. Ce résultat suggère soit que les lunettes ou lentilles ne pouvaient pas corriger les déficits de vision, soit qu’elles n’étaient pas ou plus adaptées.

 

Les résultats de cette étude indiquent donc que les personnes ayant reçu le diagnostic de « démence » (en particulier celui de « maladie d’Alzheimer ») ont une vision plus mauvaise et ont reçu moins de soins ophtalmologiques, avant le diagnostic, que les personnes ayant vieilli avec un fonctionnement cognitif plus satisfaisant. Ces données suggèrent dès lors que le traitement des problèmes visuels pourrait différer l’apparition d’un vieillissement cognitif problématique.

 

Il faut relever qu’une mauvaise vision peut entraver la mobilité et affecter la réalisation d’activités telles que la lecture ou la pratique d’un instrument de musique. Elle peut également affecter les interactions sociales et réduire le réseau social de la personne. Des études futures devraient ainsi se pencher sur les interactions entre les difficultés visuelles et d’autres facteurs pouvant contribuer à un vieillissement cérébral et cognitif problématique (activité physique, engagement dans des activités, interactions sociales). Enfin, il s’agirait également d’examiner dans quelle mesure les troubles de vision et le vieillissement cognitif/cérébral problématique partagent des mécanismes communs.

 

lunettes.jpg 

 

Rogers, M.A.M., & Langa, K.M. (2010). Untreated poor vision: A contributing factor for late-life dementia. American Journal of Epidemiology, 171, 728-735.

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Prévention
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