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A propos des auteurs

  • Martial Van der Linden est docteur en psychologie, professeur de neuropsychologie et psychopathologie aux Universités de Genève et de Liège. Une partie de ses travaux est consacrée aux effets du vieillissement sur le fonctionnement dans la vie quotidienne, et ce, dans une perspective plurifactorielle et intégrative.
  • Anne-Claude Juillerat Van der Linden est docteure en psychologie, chargée de cours à l'Université de Genève et psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Après 20 ans en tant que responsable à la Consultation mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève, elle a créé et dirige la consultation "Vieillir et bien vivre" à la maison de santé Cité Générations.
  • Tous deux ont fondé en 2009 une association du nom de VIVA (Valoriser et intégrer pour vieillir autrement), qui promeut à l'échelle locale des mesures de prévention du vieillissement cérébral problématique.
  • En savoir plus : http://www.unige.ch/fapse/psychoclinique/upnc/

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 23:03

Dans une chronique précédente (« Diabète de type 2 et troubles cognitifs chez les personnes âgées : des relations complexes… »), nous avons rapporté les résultats d’une étude de McFall et al. (2010) qui visait à identifier les médiateurs et modérateurs des relations entre diabète de type 2 et déficits cognitifs chez les personnes âgées. Ces résultats ont montré que trois facteurs (pression artérielle systolique, évaluation subjective de la santé et un score de marche et d’équilibre) constituent des médiateurs significatifs (c’est-à-dire rendent compte de façon importante) de ces relations. Nous indiquions en quoi des études futures devraient s’atteler à déterminer de manière plus précise les mécanismes en jeu, notamment pour ce qui est du rôle médiateur de la marche et l’équilibre.

 

De nombreuses données montrent que la marche et le fonctionnement cognitif sont intrinsèquement liés (Scherder et al., 2007). En d’autres termes, il apparaît que la marche ne devrait plus être considérée comme une activité motrice simple et automatique, mais comme une activité complexe, impliquant l’intégration de différents processus sensoriels, moteurs et cognitifs (attention, mémoire, fonctions exécutives, etc.). Ainsi, par exemple, Yogev-Seligmann et al. (2008) ont proposé un cadre théorique montrant en quoi différents types de fonctions exécutives (initiation de l’action, conscience de soi, planification, inhibition de réponses dominantes et inhibition de distracteurs externes, contrôle de la réponse, coordination de tâches doubles) sont associés à différentes dimensions de la marche. Ils ont également passé en revue les études qui ont montré un lien significatif entre marche et fonctions exécutives, et en particulier la coordination de tâches doubles.

 

Dans la même perspective, Scherder et al. (2007; voir également Canavan et al., 2009) montrent que les problèmes de marche et d’équilibre (sur plusieurs dimensions) sont présents chez les personnes âgées « non démentes » et chez les personnes présentant un vieillissement cérébral/cognitif problématique (une « démence »). Récemment, Allali et al. (2010) ont mis en évidence un lien spécifique entre la variabilité de la durée du pas en condition de marche simple et de marche avec comptage à rebours et un vieillissement cérébral/cognitif surtout caractérisé par des problèmes exécutifs  (une « démence fronto-temporale »).

 

Par ailleurs, dans une étude prospective menée auprès de 427 personnes âgées de 70 ans et plus (399 étant initialement sans « démence »), avec un suivi de 5 ans, Verghese et al. (2010) observent que des mesures quantitatives initiales des problèmes de marche (rassemblées en 3 facteurs : pas/allure, rythme et variabilité) prédisent le risque de déclin cognitif et de « démence » chez des personnes initialement sans « démence ». Plus spécifiquement, le facteur « pas/allure » est associé à un déclin des fonctions exécutives et le facteur « rythme » à un déclin de la mémoire. Par ailleurs, les facteurs « rythme » et « variabilité » sont associés à un risque accru de « démence ». Notons également que plusieurs études ont montré l’effet bénéfique de l’activité physique sur le risque de développer ultérieurement une « démence » (voir notre chronique « Des conclusions par trop négatives concernant la prévention du déclin cognitif ! »). Il a en outre été montré que l’amélioration de la vitesse de marche conduit à une réduction substantielle de la mortalité chez les personnes âgées (Hardy et al., 2007).

 

Dans une approche davantage multifactorielle, Delbaere et al. (2010) ont tenté de mieux comprendre les différents facteurs impliqués dans les chutes des personnes âgées au moyen d’une étude prospective de cohorte. Ils ont suivi, pendant une période de 12 mois, 500 personnes issues de la communauté et âgées de 70 à 90 ans. Tous les participants ont été soumis à une évaluation très détaillée portant sur leur état physique, leurs incapacités, l’exercice physique pratiqué et leur qualité de vie, ainsi que leur état cognitif et psychoaffectif. Les « chuteurs » étaient définis comme les personnes ayant été victimes d’au moins une chute avec blessure ou d’au moins deux chutes sans blessure durant la période de suivi.

 

Des analyses de régression univariées ont mis en évidence les facteurs de risque de chute suivants : le niveau d’incapacité dans la vie quotidienne, des performances faibles à des tests physiques et physiologiques, des symptômes dépressifs, un faible fonctionnement exécutif (Trailmaking), des inquiétudes concernant les chutes et la survenue antérieure de chutes. Des analyses complémentaires (arbre de régression et de classification) ont révélé que les troubles de l’équilibre constituaient le prédicteur critique des chutes. Par ailleurs, chez les personnes avec un bon équilibre, le niveau d’incapacité et le niveau d’exercice physique régulier influencent le risque de chutes futures, alors que, chez les personnes avec un problème d’équilibre, ce sont les difficultés exécutives, un mauvais équilibre dynamique (stabilité coordonnée) et un faible niveau d’exercice physique régulier qui modulent ce risque. Cette étude comporte certaines limites, dont une évaluation assez rudimentaire du fonctionnement cognitif et un échantillon avec une prévalence élevée de chute unique durant la période de suivi. Néanmoins, elle montre que la réduction du risque de chutes nécessite la mise en place d’interventions à différents niveaux (physique et psychologique).

 

La marche et le fonctionnement cognitif paraissent donc entretenir des relations mutuelles : la marche influe sur le fonctionnement cognitif et, réciproquement, le fonctionnement cognitif influe sur les capacités de marche. La nature de ces relations n’est pas encore parfaitement comprise. En particulier, les facteurs impliqués dans le rôle médiateur des capacités de marche et d’équilibre sur l’apparition de difficultés cognitives (voir par exemple McFall et al., 2010) restent à déterminer. Il est vraisemblable que la marche apporte des bénéfices au plan cognitif via des mécanismes de nature différente (physiologiques, cognitifs, neurobiologiques, motivationnels, etc.).

 

Quoi qu’il en soit, il apparaît pertinent de tenter d’optimiser les capacités de marche des personnes âgées, avec ou sans vieillissement cognitif/cérébral problématique, y compris celles résidant dans des structures d’hébergement à long terme (voir Canavan et al., 2009), à la fois dans le but d’optimiser leur fonctionnement cognitif, mais aussi d’accroître leur autonomie et leurs capacités de contacts et d’engagement sociaux et, plus largement, d’augmenter leur espace de vie (voir notre chronique « Les liens entre l’espace de vie et le risque de mortalité chez les personnes âgées »). De même, il s’agirait d’intervenir au plan cognitif afin d’accroître les capacités de marche, ce qui, en retour, serait susceptible d’améliorer le fonctionnement cognitif et, plus généralement, le fonctionnement psychologique.

 

Les interventions

 

Il existe encore peu de travaux ayant exploré l’influence d’un entraînement à la marche sur le fonctionnement cognitif des personnes âgées et, en outre, les résultats obtenus sont assez hétérogènes (Scherder et al., 2007). Plusieurs facteurs peuvent rendre compte de ces incohérences : intervention trop courte, intervention non adaptée aux difficultés de marche spécifiques, hétérogénéité des problèmes cognitifs, etc.

 

Peu de recherches se sont également penchées sur l’effet d’une intervention cognitive sur les capacités de marche (Yogev-Seligmann et al., 2008). Néanmoins, dans un essai randomisé contrôlé d’une durée de 12 semaines et mené auprès de 60 personnes « démentes » et âgées en moyenne de 80 ans, Schwenk et al. (2010) ont montré qu’il était possible d’améliorer les performances des participants dans une situation de marche en double tâche à la suite d’un programme d’entraînement spécifiquement focalisé sur la réalisation de tâches doubles. Le groupe de contrôle effectuait des exercices physiques, non spécifiques et de faible intensité. Le groupe « intervention » était soumis à un programme d’entraînement aux tâches doubles proposant divers exercices de complexité croissante et impliquant la réalisation simultanée de tâches motrices (comme, par exemple, jeter ou attraper une balle, marcher en jetant ou attrapant une balle, faire un pas en arrière en jetant ou attrapant une balle, effectuer des formes simples de pas de danse) et de tâches cognitives (comme, par exemple, répéter des noms d’animaux, effectuer des tâches de calcul plus ou moins automatisées). Après l’intervention, les personnes âgées ont montré une réduction significative du coût de la double tâche sur la vitesse de marche et d’autres aspects de la marche (cadence, longueur et durée du pas, etc.), et ce essentiellement dans la situation de tâche double la plus complexe. Il faut noter enfin que le programme d’entraînement n’a eu des effets bénéfiques que sur les situations de double tâche et pas sur d’autres activités cognitives, suggérant ainsi la spécificité de cette intervention.

 

Enfin, un lien entre une amélioration des fonctions exécutives/ attentionnelles et une amélioration de la vitesse de marche a récemment été observé par Liu-Ambrose et al. (2010). En fait, les auteurs ont exploré, dans une étude randomisée contrôlée, l’efficacité d’un programme d’entraînement de la résistance physique (une fois par semaine et deux fois par semaine) sur le fonctionnement exécutif de femmes âgées issues de la communauté et âgées de 65 à 75 ans, en comparaison avec un programme d’entraînement impliquant des exercices divers (d’étirement, d’équilibre, de relaxation). Les résultats montrent que le programme de résistance physique (une fois ou deux fois par semaine) améliore significativement la performance à la tâche de Stroop, en comparaison au programme de contrôle. Par ailleurs, l’amélioration à la tâche de Stroop s’accompagne d’une augmentation significative de la vitesse de marche.

    

Une approche intergénérationnelle

 

Granacher et al. (2010) suggèrent d’adopter une approche intergénérationnelle visant à améliorer l’équilibre et la force dans le but de prévenir les chutes, tant chez les enfants que chez les personnes âgées. Ils montrent en effet que le contrôle postural statique suit une courbe en U, les enfants et les personnes âgées présentant un balancement postural plus important que les adultes jeunes. De plus, les mesures de contrôle postural dynamique (la vitesse de marche), ainsi que de force musculaire isométrique (la force maximale) et dynamique (puissance musculaire) suivent une courbe en U inversé, de nouveau avec les enfants et les personnes âgées présentant des performances moindres que les adultes jeunes. Ils décrivent également plusieurs études suggérant que des programmes d’entraînement puissent optimiser l’équilibre et la résistance, tant chez les enfants que chez les personnes âgées, et que ces programmes conduisent à une réduction des blessures et des chutes dans ces groupes d’âge.

 

Enfin, les auteurs présentent une approche intergénérationnelle susceptible de rendre ces programmes d’entraînement plus efficaces, comme le suggèrent d’ailleurs les quelques études ayant déjà exploré l’intérêt d’une telle approche. Plus globalement, Granacher et al. décrivent un projet de centre intergénérationnel dont ils examinent actuellement la faisabilité et qui a pour but de promouvoir un style de vie sain chez les enfants et les personnes âgées. Ce centre part de l’idée selon laquelle les enfants et les personnes âgées peuvent bénéficier des mêmes services et programmes et interagir durant des activités intergénérationnelles planifiées, ainsi que des rencontres informelles. Ce centre se structure autour de deux composantes principales : l’une pour les personnes âgées (un complexe de logement, avec des services) et l’autre pour les enfants (jardin d’enfants et crèche). De plus, il existe des activités pouvant être partagées par les personnes des deux groupes d’âge (entraînement physique, cuisine, chant, etc.). Enfin, des lieux sont aménagés afin de permettre tant aux enfants qu’aux personnes âgées de se rencontrer, comme, par exemple, des places équipées en matériel de jeu et d’exercice physique (permettant d’entraîner la force et l’équilibre).

 

Une approche intergénérationnelle nous paraît riche de promesses, tant dans le domaine de l’activité physique que dans d’autres domaines, comme celui de l’engagement social, la culture, la vie dans les structures d’hébergement à long terme, etc. Nous pensons néanmoins qu’il faut éviter la création de centres intergénérationnels dans lesquels les personnes âgées seraient déconnectées de la société et ne garderaient que des contacts organisés et ponctuels avec les enfants. Pour ce qui est plus spécifiquement de l’entraînement physique, l’installation dans les places de jeu pour enfants d’équipements permettant aux personnes âgées d’entraîner leur force, résistance et équilibre constitue un objectif aisément réalisable.

 

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©VIVA 2010, Marche intergénérationnelle "Suivez les guides"

entre Petit et Grand-Lancy, le 12 juin 2010

 

Allali, G., Dubois, B., Assal, F., Lallart, E., de Souza, L.C., Bertoux, M., et al. (2010). Frontotemporal dementia: Pathology of gait ? Movement Disorders, 25, 731-737.

Canavan, P.K., Cahalin, L.P., Lowe, S., Fitzpatrick, D., Harris, M., & Plummer-D’Amato, P.  (2009). Managing gait disorders in older persons residing in nursing homes: A review of the literature. Journal of the American Medical Directors Association, 4, 230-237.  

Delbaere, K., Close, J.C.T., Heim, J., Sachdev, P.S., Brodaty, H., Slavin, M.J., et al. (2010). A multifactorial approach to understanding fall risk in older people. Journal of the American Geriatrics Society, 58, 1679-1685. 

Granacher, U., Muehelbauer, Gollhofer, A., Kressig, R.W., & Zahner, L. (2010). An intergenerational approach in the promotion of balance and strength for fall prevention – A mini-review. Gerontology, à paraître.

Hardy, S.E., Perera, S., Roumani, Y.F., Chandler, J.M., & Studenski, S.A. (2007). Improvement in usual gait speed predicts better survival in older adults. Journal of the American Geriatrics Society, 55, 1727-1734.

Liu-Ambrose, T., Nagamatsu, L.S., Graf, P., Beattie, B.L., Ashe, M.C., & Handy, T.C. (2010). Resistance training and executive functions. A 12-month randomized controlled trial. Archives of Internal Medicine, 170, 170-178.

McFall, G.P., Geall, B.P., Fischer, A.L., Dolcos, S., & Dixon, R.A. (2010). Testing covariates of type 2 diabetes-cognition associations in older adults: Moderating or mediating effects? Neuropsychology, 24, 547-562.

Scherder, E., Eggeremont, L., Swaab, D., van Heuvelen, M., Kamsma, Y., de Greef, M., et al. (2007). Gait in ageing and associated dementias; its relationship with cognition. Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 31, 485-497.

Schwenk, M., Zieschang, T., Oster, P., & Hauer, K. (2010), Dual-task performances can be improved in patients with dementia. A randomized controlled trial. Neurology, 74, 1961-1968.

Verghese, J., Wang, C., Lipton, R.B., Holtzer, R., & Xue, X. (2007). Quantitative gait dysfunction and risk of cognitive decline and dementia. Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry, 78, 929-935.

Yogev-Seligmann, G., Hausdorff, J.M., & Giladi, N. (2008). The role of executive function and attention in gait. Movement Disorders, 3, 329-342.  

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Martial Van der Linden et Anne-Claude Juillerat Van der Linden mythe-alzheimer - dans Interventions psychologiques et sociales
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